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Le croque-mort qui fait découvrir la fiction TV alémanique

Fait rare, la RTS diffuse un feuilleton alémanique, «Le Croque-mort». Le diffuseur public promet qu’il fera mieux circuler les œuvres

Ce jeudi soir sur la RTS, l’événement est double. Parce que les amateurs découvriront une série alémanique, de la SRF, qui en produit encore peu. Et parce que la TV romande la montre: alors que de tels passages sont encore rares en fiction, cela relève d’une quasi-révolution. Il a fallu un croque-mort pour y parvenir.

Lancée en janvier 2013, Der Bestatter, Le Croque-mort, raconte les aventures d’un homme des défunts, ancien policer, qui se pique d’investiguer sur des décès suspects (lire ci-contre). La série compte déjà deux saisons et 10 épisodes, la troisième est en diffusion sur SRF, ce qui fait un total de 16 épisodes. Une production d’envergure pour la Suisse. D’ailleurs, le directeur des programmes de la RTS Gilles Pache mentionne ce fait lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi la RTS montre soudain une série alémanique: «La qualité, l’originalité et le nombre d’épisodes de Der Bestatter nous ont convaincus de la pertinence d’en faire le doublage et de la programmer dans une case de prime time.»

Car c’est la première fois depuis longtemps que les Romands peuvent goûter à un feuilleton germanophone. La dernière occasion en date remonte à Lüthi und Blanc, arrêtée au milieu des années 2000. La précédente série de SRF, l’histoire hospitalière Tag und Nacht, n’avait pas franchi la Sarine. Pis, au pays des échanges confédéraux, son édition DVD ne comporte pas de sous-titres français ou italiens…

En 2008-2009, Tag und Nacht a connu un relatif échec d’audience. L’expérience a refroidi les ardeurs de la SRF en matière de feuilletons. De fait, les deux TV publiques affichent des stratégies différentes s’agissant de la fiction. Alors que les Romands misent sur les séries depuis 2010, avec déjà six séries originales produites, dont L’Heure du secret en deux saisons, les Alémaniques ont privilégié les téléfilms unitaires. Jusqu’ici: encouragés par la popularité de leur croque-mort, les responsables misent désormais sur les séries. Ils en ont plusieurs en développement.

Si les rares œuvres alémaniques n’ont pas souvent franchi la Sarine, l’intérêt dans l’autre sens ne se dément pas. Hormis L’Heure du secret, la SRF a doublé en allemand toutes les séries romandes récentes telles que 10 ou C.R.O.M., et elle étudie la dernière en date, A Livre ouvert. Mais les Romands ne snobent pas les travaux de leurs ­homologues, assure Françoise Mayor, responsable de la fiction à la RTS: «Nous sommes très attentifs à la production de téléfilms et de films des deux autres régions et nous avons doublé plusieurs longs métrages, diffusés avec succès, comme L’Enfance volée (Der Verdingbub), de Markus Imboden.»

Reste que la diffusion de Der Bestatter marque un tournant, voulu en haut lieu. Régulièrement attaquée pour sa nonchalance à faire connaître les créations entre les régions linguistiques, la maison mère SSR tente de montrer qu’elle réagit. Dans le domaine du docu-fiction, il y eut Les Suisses, à l’automne 2013. Des démarches ont cours dans le domaine de l’information. Gilles Pache veut le souligner: «Globalement, il y a la volonté de renforcer les échanges de programmes entre les différentes unités de la SSR, afin de valoriser la production des autres régions linguistiques, dans de nombreux domaines, le documentaire, la fiction, les magazines…»

Dans sa redingote noire, le bedonnant croque-mort d’Aarau passe ses journées à fermer ses cercueils. Mais il ouvre aussi des portes. Aux curieux de fictions TV, il laisse entrevoir une meilleure circulation de la culture populaire audiovisuelle dans ce mouchoir de poche qu’est la Suisse. Gilles Pache le confirme, tout en limitant son enthousiasme: «Il est vraisemblable que nous adapterons d’autres séries au cours de ces prochaines années. Mais bien sûr, cela dépendra aussi des sujets traités.» Il faudra d’autres entreprises, vivifiantes, de pompes funèbres.

Le Croque-mort. RTS 1, épisodes 1 et 2 (sur 10), dès 21h10.

Les atouts de la série selon la RTS? «La qualité, l’originalité et le nombre d’épisodes»

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