On l'imaginait austère, voire distant. Tout sourire, affable, Toshio Hosokawa est la bonté même. Le voici qui photographie des musiciens de l'Ensemble Contrechamps à l'issue de la répétition. C'est un Japonais comme les autres. Sauf qu'il possède un don: celui de la composition. «Je veux approfondir ma musique.» Comme si son langage n'était pas suffisamment pénétrant.

Mardi soir, à la Salle communale de Plainpalais à Genève, le temps s'immobilise lorsqu'une femme à l'allure de geisha se met à marcher sur la scène. Très lentement, elle décrit un arc de cercle autour d'une harpiste tout en tenant un orgue à bouche contre son visage. Elle souffle patiemment dans cet instrument millénaire que les Japonais appellent «shô». Les sons induisent une douce sensation de transe, un monde caché se révèle tandis que la harpiste (Notburga Puskas) arrache des vérités au silence.

Né en 1955 à Hiroshima, Toshio Hosokawa a su retrouver l'esprit de la musique traditionnelle japonaise au travers des techniques d'écriture occidentales. «Quand j'étais petit, ma mère jouait du koto. Moi, je préférais les instruments européens: j'écoutais Mozart, Beethoven… Puis, lorsque je suis venu étudier en Europe, à Berlin-Ouest, je me suis mis à redécouvrir la musique traditionnelle de mon pays d'une autre oreille.» Elève du Coréen Isang Yun et du Suisse Klaus Huber, Toshio Hosokawa se passionne pour le théâtre nô. Sa musique recrée la dimension cérémoniale de cet art. Du silence naît une trajectoire que chaque pièce tisse avec des moyens différents. «Dans la musique européenne, on peut voir l'horizon au lointain, on traverse de grands développements, on pose son regard vers le futur. Ma musique, elle, reste dans un seul espace et change la perception de cet espace par les couleurs, l'intensité, une conception spirale du temps.»

Violon aux gestes péremptoires (Vertical Time Study III), dialogue envoûtant entre une clarinette et une harpe (Arc-Song), bruissements, frottements, étude sur le souffle et la respiration (Fragment II pour flûte alto et quatuor à cordes), paysages lunaires, entre rêve et réalité (Landscape V pour shô et quatuor à cordes). L'Ensemble Contrechamps brise le mur du silence, à mille lieues de l'écriture plus carnassière et constructiviste d'Isang Yun (Sonate pour hautbois, alto et harpe). Et pourtant, ces deux compositeurs se rejoignent dans leur volonté de dresser des perspectives nouvelles en confrontant l'Extrême-Orient à l'Occident.