Les locaux de l'association Cheminée-Nord, à la rue de la Truite, dans les bâtiments de l'ancienne usine Kugler, à la pointe de terre située à la jonction de l'Arve et du Rhône, se présentent comme une enfilade d'ateliers d'artistes et d'artisans. Là, au pied de la haute cheminée tapissée de briques rouges et environnée de plantes, l'espace d'exposition baptisé Galerie-Salon accueille une artiste, parmi ceux qui occupent ces ateliers: Crystel Ceresa.

La jeune Genevoise maîtrise parfaitement l'aérographe. L'originalité de ses peintures, qui exploitent l'alliage de flou mystérieux et de précision photographique propre à cet instrument, ressort particulièrement dans le contexte de ce quartier devenu le lieu où s'exercent les tagueurs. Si l'on vient du bois de la Bâtie, par exemple, on aura croisé, au pied du chemin qui y monte, au bord de l'eau, des «artistes», avec leurs échelles et leurs pots, tandis qu'une voiture de police patrouille, se déplaçant silencieusement comme un gros insecte, alors que par ailleurs les pêcheurs, immobiles, se tiennent cois.

- Travail ambigu

Le travail de Crystel Ceresa est certainement ambigu. Il opère un va-et-vient entre l'image sur le support, réalisée à partir de photographies, visages et surtout fleurs et feuillages, et les dépassements sur le mur, traces multicolores qui, au Musée Rath lors de l'exposition collective Open House, conservaient le rectangle blanc de la toile manquante, et qui ici se voient réunies en un cercle semblable à une grosse fleur. Une fleur quelque peu psychédélique, dont les éléments, grâce aux dégradés parfaits obtenus au pistolet, acquièrent une singulière profondeur. De même pour tel ou tel tableau, d'une légèreté de rêve et d'un kitsch assumé, dépassé.

- Réalité magnifiée

Des fleurs en plastique, sans compter de vraies fleurs qui sont «les plus belles œuvres», insistent sur l'ambiguïté du propos, sur ce va-et-vient entre une réalité magnifiée, ou dépréciée (les fleurs en plastique), et une réalité autre, d'une fraîcheur étonnante, d'une douceur bienfaisante.

Galerie-Salon (rue de la Truite

4 et 4bis, Genève/Jonction,

tél. 022/329 54 65).

Je-sa 17-20h et sur rendez-vous.

Jusqu'au 25 novembre.