Cuba, la bonne conduite

Drame Un garçon en danger et sa vieille maîtresse défient le système dans «Conducta»

Prix du public au dernier festival Filmar, le troisième opus du jeune cinéaste cubain Ernesto Daranas Conducta («Comportement») ne se signale pas par des arguments cinématographiques majeurs. Par contre, ce qu’il manque en raffinement stylistique, il le compense par un cœur «gros comme ça» qui emporte largement l’adhésion!

A La Havane, le petit Chala, 11 ans, doit veiller sur une mère alcoolique. Pour ramener un peu d’argent à la maison, il élève des pigeons voyageurs et s’occupe des chiens de combat pour Ignacio, dont il se demande s’il ne serait pas son père. Les services sociaux ont un œil sur ce petit délinquant en puissance. Heureusement pour lui, il y a Carmela, sa vieille maîtresse, et Yeni, la petite première de classe dont il est amoureux…

Un tableau sans fard

La relation centrale du film est celle entre Carmela, institutrice expérimentée avec un faible pour les cas difficiles, et Chala, que les autres verraient mieux placé dans un internat pour «rééducation». Le jour où Carmela fait un malaise et qu’une jeune institutrice prend le relais, la lourde main de l’administration s’abat sur Chala et Yeni, dont le père est venu illégalement de la province. A son retour, Carmela pourra-t-elle les sauver?

Le grand atout du film, qui sait rester en deçà du mélodrame, réside dans son tableau sans fard de la pauvreté à Cuba. Comme dans les autres récents imports du distributeur Trigon-Film, Una noche (Lucy Mulloy) et Melaza (Carlos Lechuga), on est surpris ici par la part de critique sociale à nouveau tolérée. Le scénario, plutôt classique, y gagne en vérité, les acteurs, tous excellents, faisant le reste.

Au bout du compte, il s’est vraiment passé quelque chose entre le garçon au regard dur et la vieille institutrice inflexible, par-delà les vicissitudes économiques et politiques qui rendent la vie si pénible. D’où un film paradoxalement optimiste et chaleureux.

VV Conducta, d’Ernesto Daranas (Cuba, 2014), avec Armando Valdés Freire, Alina Rodríguez, Yuliet Cruz, Silvia Aguila, Miriel Cejas, Armando Miguel Gómez, Amaly Junco. 1h48.