- Cuba

Deux guides pour le prix d'un, quelle aubaine! Le premier, Justo Vasco, met en scène un vieux voyeur macho et flingueur pour raconter La Havane côté galère (eau chaude branchée deux heures par jour, corruption omniprésente) et côté plage (soleil, rhum, érotisme gai). Le second, Daniel Chavarria, narre les malheurs d'un ex-tortionnaire argentin venu incognito mener la belle vie à Cuba, jusqu'au jour où son passé le rattrape: un thriller astucieux, érudit, qui nous vaut un beau portrait de femme fatale à l'humour ravageur.

Justo E. Vasco, L'œil aux aguets, Série Noire, Gallimard. Daniel Chavarria, Le Rouge sur la plume du perroquet, Rivages Thriller.

- Laos

Vientiane, 1976, au temps de la République populaire. Nommé coroner malgré lui, le Dr Siri, vieux sage rusé, enquête sur plusieurs morts violentes avec l'aide des défunts qui le visitent en songe. L'Anglais Colin Cotterill, amoureux du plus mystérieux pays de l'ex-Indochine française, en dresse un portrait sensible, drôle, émouvant. Premier volet d'une série, son Déjeuner du coroner est une belle invitation à franchir le Mékong pour rencontrer des êtres qui cultivent un remarquable art de vivre, en dépit des bureaucrates qui tentent vainement de les endoctriner.

Colin Cotterill, Le Déjeuner du coroner, Albin Michel.

- Thaïlande

Sonchai Jitlecheep est flic à Bangkok 8, le quartier chaud de la capitale. Fils d'une prostituée, bouddhiste pratiquant, il refuse les pots-de-vin qui font vivre ses collègues et regarde les choses du sexe avec une compassion amusée. Un guide idéal pour découvrir non seulement les bas-fonds d'une ville exotique, mais la logique intérieure d'un bouddhiste convaincu, percevant les enchaînements de causes et d'effets qui relient les êtres à leurs vies antérieures. Pour le prix d'un polar, un superbe conte initiatique, original, intelligent.

John Burdett, Bangkok 8, Presses de la Cité et 10/18.

- Emirats

Circulez, il n'y a rien à voir: du sable, du béton, du pétrole et du fric. D'abord, l'Emirat des Deux-Mers n'existe même pas! Grand reporter à Libération, auteur de carnets de voyage sur l'Irak et l'Afghanistan, Jean-Pierre Perrin a inventé cette pétrodictature reliée par un pont à l'Arabie saoudite pour mieux décrire l'horreur au quotidien d'une petite société raciste et sexiste. Engagé pour organiser la protection rapprochée du prince héritier, le policier Morvan découvre l'existence d'une mystérieuse clinique où disparaissent des jeunes femmes venues d'Asie, engagées comme bonniches exploitables et baisables à merci. Dans un contexte de népotisme accablant, cette forme moderne d'esclavage surprend à peine.

Jean-Pierre Perrin, Le Paradis des perdantes, Stock.