Scènes

Cuche et Barbezat, liberté et répartie

A Montreux, les deux Neuchâtelois créent une «Revue vaudoise» joliment efficace. Sans surprise, la Fête des Vignerons leur sert de fil rouge, tandis que de leur balcon les trois Peutch jouent aux vieux du «Muppet Show»

C’est l’histoire de deux copains qui, depuis leur participation le 10 août dernier à la journée cantonale neuchâteloise de la Fête des Vignerons, ont décidé de rester sur la Riviera vaudoise. Ils s’appellent Benjamin Cuche et Jean-Luc Barbezat, et les voici en maîtres de cérémonie d’une première Revue vaudoise qui est jouée, jusqu’à la fin de l’année, à Montreux. Les deux humoristes retrouvent pour l’occasion leurs personnages fétiches, à savoir ces deux Neuchâtelois – Jean-Henri du Haut et Pierre-Etienne du Bas – aussi sympathiques que pas toujours très réveillés.

Déjeuner avec Cuche et Barbezat: Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque?

Créer une revue trois mois après la Fête des Vignerons, c’est forcément une aubaine. Dès son entrée en scène, Barbezat semble marcher sur des œufs. C’est qu’il ne veut pas abîmer l’écran LED. Son camarade lui explique qu’il n’y en a pas: «On n’avait pas les moyens de faire du déficit…» Le spectacle monstre qui s’est tenu cet été à Vevey servira dès lors de fil rouge. Et cela fonctionne parfaitement. Le vin de la fête en prend forcément pour son grade. Et dans un désopilant clin d’œil à l’audacieux Les Marionnettes du pénis, spectacle australien dont ils ont créé l’adaptation francophone à Paris en 2004, nus comme au premier jour, ce sont les costumes des figurants qui sont évoqués. «L’avantage de la fête, c’est qu’on n’a pas besoin de l’expliquer, tout le monde connaît, nous avoue Barbezat. Il n’y a pas de gros enjeux, pas de morts, personne n’est en prison. Il manque juste un peu de sous…»

Famille en grève

Cuche et Barbezat ont une longue expérience des revues. Au Locle et à Neuchâtel, ils en ont dirigé une quinzaine depuis le milieu des années 1990. «Depuis que j’ai rejoint Grégoire Furrer à la direction du Montreux Comedy, j’avais comme mission de trouver un moyen de rendre le festival aux Montreusiens, explique Barbezat, metteur en scène de ce spectacle vaudois. On aimerait qu’ils aient avec le Comedy le même rapport qu’ils ont avec le Jazz.» D’où l’idée d’une revue qui avait en outre pour but de permettre au festival de garder un pied à Montreux au moment d’un déménagement forcé – pour l’heure plus à l’ordre du jour – durant les travaux de rénovation du centre des congrès 2m2c.

En marge des aventures de Jean-Henri et Pierre-Etienne en terres vaudoises, une famille sert également de fil rouge au spectacle. Devant un mari désespéré (Marc Donnet-Monay), une mère de famille décide de participer à la grève des femmes (Nathalie Devantay), tandis que leur ado trouve que s’engager pour le climat est un bon moyen de sécher les cours (Mirko Rochat). Le grand-père, lui, préfère s’énerver contre la disparition de la saucisse aux choux du Buffet de la Gare de Lausanne (Jacques Mooser). Ecrites par Donnet-Monay, les saynètes mettant en scène cette famille sont plus théâtrales que les apparitions du duo neuchâtelois, mais tout aussi efficaces.

Les meilleurs moments de la revue restent néanmoins ce sketch dans lequel trois employés peu zélés de La Télé se demandent comment fêter les dix ans d’une chaîne qui n’a pas suffisamment de bonnes images pour monter un best of, ou celui qui voit Cuche se faire acrobate pour se glisser dans la peau d’un Laurent Wehrli (syndic de Montreux) mangeant littéralement à tous les râteliers. La présidente du Conseil d’Etat Nuria Gorrite, le conseiller national Claude Béglé et l’organisateur du Comptoir helvétique Richard Chassot sont eux aussi merveilleusement taclés. Finalement, seul un numéro évoquant en chanson les futurs Jeux olympiques de la jeunesse tourne à vide.

Trois vieux râleurs

Excellentes aussi, les interventions des Peutch, à savoir Fernand, Maurice et Ambroise (Noël Antonini, Christophe Bugnon et Carlos Henriquez), trois retraités doucement râleurs qui avaient fait leur première apparition dans une revue locloise de Cuche et Barbezat voici près de vingt-cinq ans. Tels les deux vieux du Muppet Show, ils commentent le spectacle et l’actualité depuis un balcon qui leur est réservé à côté de la scène. Le moment où ils évoquent les grands morts de l’année est irrésistible. Et comme Barbezat souhaitait réunir autour d’eux le plus d’amis possible, chaque soir, en alternance selon leurs agendas, Yann Lambiel, Karim Slama et Pierric Tenthorey viennent jouer à la guest star.

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Barbezat avait envie d’une revue entièrement écrite et jouée par des humoristes, là où ailleurs des comédiens sont parfois invités afin de donner plus de punch aux sketchs. Lorsque avec Cuche ils montaient la Revue neuchâteloise, un budget important leur permettait d’avoir de grands décors et un orchestre sur scène. A Montreux, pour cette première, on est plus proche d’une ambiance de café-théâtre. Et c’est justement ce qui fait la réussite de cet exercice oscillant habilement entre comique de situation, de répétition et satire politique.


«La Revue vaudoise de Cuche & Barbezat avec Marc Donnet-Monay», Casino Barrière, Montreux, jusqu’au 29 décembre.

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