Le troisième des huit morceaux de Dance Music, album publié il y a deux semaines par Zebra, s’intitule Fête à la maison. En début d’année, on y aurait vu un possible clin d’œil à la célèbre sitcom américaine lancée à la fin des années 1980. Aujourd’hui, on se dit plutôt qu’il s’agit d’un possible hymne de confinement… Mais dans les faits, plus prosaïquement, on est face à une version remixée d’un ancien titre d’Antoine Minne, guitariste rock (Billy Ze Kick) devenu contrebandier sous le nom de DJ Zebra, alias derrière lequel il se cache depuis plus de vingt ans pour élaborer de jouissifs bootlegs dans lesquels il entremêle plusieurs titres. A l’image de son fameux Killing Boombastic, rencontre improbable et détonnante entre Shaggy et Rage Against The Machine.

A l’enseigne des Bootleggers United, DJ Zebra avait à la mi-janvier, avec son complice DJ Prosper, secoué une des tentes dressées à Lausanne à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse. Autant performeur que DJ, véritable musicien dans sa manière d’agencer des sons, le Français est aussi à l’aise dans des petits clubs rock que sur les scènes des grands festivals – on l’a encore vu l’été dernier réinventer Déjeuner en paix à grand renfort de Daft Punk au côté d’un Stephan Eicher joueur.

Cuivres funky

En marge de ses bootlegs, DJ Zebra a publié quelques disques de musique originale en enlevant simplement de son pseudonyme le potentiellement réducteur «DJ». C’est dans ce répertoire qu’il a puisé puis retravailler les huit titres qui forment aujourd’hui Dance Music, sorti le 20 mars dernier. «Car lui, au moins, il a eu le droit de sortir», rigole Antoine Minne lorsqu’on l’appelle chez lui, à Genève. Il nous explique alors avoir eu l’idée de ce disque dans lequel Zebra serait remixé par DJ Zebra sur une envie soudaine, vers la fin janvier. «Je l’ai fait avec la même énergie que j’ai sur scène, en deux semaines afin que l’édition vinyle soit prête à temps.» A temps pour une série de dates de lancement, à Nendaz le 21 mars, puis dans la foulée à Paris et Chambéry, et enfin à Genève et Annecy à la mi-avril… Dans un monde sans coronavirus.

Notre portrait:  DJ Zebra, le contrebandier musical qui aime bien choquer

Dance Music est taillé pour les clubs, pour la danse. D’où ce titre, «qui n’a rien à voir avec la «dance» telle qu’on la concevait dans les années 1990», appuie Zebra. Sur des compositions originales où s’entrechoquent cuivres funky et guitares tendues, il a rajouté des batteries piquées ailleurs, seuls emprunts extérieurs, afin d’asseoir le groove à l’œuvre dans un album qui tient finalement autant du collage psychédélique que de la déflagration punk. Même si, dans le fond, tout cela est assez indéfinissable, et c’est justement ce qui fait sa force. Sur Right Here Right Now, une reprise de Fatboy Slim qu’il avait enregistrée avec la fanfare bretonne Bagad Karaez, la pulsation première vient d’une rythmique du Dance to the Music de Sly & The Family Stone, déjà utilisée par Primal Scream pour leur tube Rocks.

Franc-tireur sans revenu

Dans une vidéo décortiquant la savante élaboration de Right Here Right Now, il évoque également une ligne de basse classique, utilisée tant par les Beatles que Beck ou les quatre Oxfordiens de Ride, hérauts shoegaze auteurs en 1990 du fondateur Nowhere. «Mais mon album de référence, ça reste Casa Babylon, de la Mano Negra, dit-il. Manu Chao y avait repris des enregistrements du groupe qu’il avait ensuite retravaillés seul.»

Indéfinissable, inclassable, inétiquettable: Antoine Minne revendique son côté franc-tireur. «Mais comme les labels veulent situer leurs artistes, je suis obligé de publier ma musique et de tout faire moi-même.» Fondateur de la société Zebramix, il est son propre patron. Un chef d’entreprise actuellement sans revenu, si ce n’est ce que la vente de Dance Music pourrait lui rapporter (le disque est en vente sur la plateforme Bandcamp), mais qui se dit toujours porté par un optimisme inébranlable – «la force doit être en moi», glisse-t-il en avouant avoir été malade, probablement du Covid-19.

En attendant un retour à la normale, un déconfinement signifiant pour Zebra la possibilité de faire à nouveau danser les gens ensemble, lors d’événements qui seront à n’en pas douter libératoires, contentons-nous pour le moment de pousser les meubles et de faire, grâce à lui, la Fête à la maison.


Zebra, «Dance Music» (Zebramix, 2020). A télécharger sur la page Bandcamp de l’artiste. Une édition limitée en vinyle est également disponible.