Festival

Cully Jazz, chiffres froids pour édition bouillante

La 37e édition du festival vaudois s’achève sur un déficit, alors que les perles musicales s’y sont multipliées

Parfois, les chiffres mentent. La 37e édition du Cully Jazz Festival s’est achevée samedi sur un bilan comptable déprimant: 13 000 billets vendus contre 15 000 l’année dernière, 11 concerts complets contre 17 en 2018 et une estimation de 60 000 festivaliers au total alors que l’organisation en dénombrait, à la louche, plus de 70 000 à pareille saison il y a un an. «Le festival affichera un déficit en 2019, sans pour autant que cela mette en péril la manifestation», annoncent les organisateurs.

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A cela, deux raisons. D’abord une météorologie quasiment hivernale qui a dissuadé une partie des amateurs du «off», dont les consommations comptent pour 40% du budget global. Mais aussi, d’une manière plus pernicieuse, la difficulté à remplir le chapiteau avec des têtes d’affiche suffisamment fédératrices. Certains grands noms de la pop ou du jazz (Thomas Dutronc, Jacob Banks, Stanley Clarke) font le plein. Mais la soirée africaine (Oumou Sangaré et Blick Bassy) ou certains plateaux jazz de moins grande renommée ont fait souffrir la billetterie, alors que ces soirées comptent parmi les plus intenses sur le plan artistique.

Démarche prospective

«Si on ne fait pas cela à Cully, qui le fera?» chuchotait en coulisses Jean-Yves Cavin, directeur de la programmation, en regardant les trois concerts successifs d’Andreas Schaerer, Yaron Herman et Emile Parisien vendredi. Du point de vue strictement musical, la 37e édition est probablement une des plus équilibrées, passionnantes, que le festival ait connues. Au Next Step ou au Temple, les plus petites salles, un public absolument fidèle se précipite pour découvrir des noms quasi inconnus. Cette année, la diva Sarah McCoy, le Trio Abozekrys, le rappeur Black Milk ont imposé leur vision singulière.

Sur le plan de la scène locale, la démarche prospective du festival a encore payé puisque des révélations telles que le trompettiste Shems Bendali doivent beaucoup à la dynamique du festival. Et les rendez-vous du «off» ne constituent pas seulement une bande originale pour les fêtards, ils sont aussi de vrais terrains d’investigation – comme, cette année, l’extraordinaire réunion de trois batteurs au caveau THBBC, Valentin Liechti, Domi Chansorn et Arthur Hnatek.

Bref, il arrive que les chiffres mentent. Même si l’édition numéro 37 laissera aux statisticiens un souvenir douloureux, ceux qui aiment la musique constateront une nouvelle fois à quel point ce petit festival solide bénéficie d’une réputation incroyablement bonne chez les artistes, pour lesquels il est devenu une référence absolue; mais aussi auprès d’un large public, qui a saisi à quel point le son est ici le cœur des choses. La 38e édition aura donc lieu, du 27 mars au 4 avril 2020.

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