Ça fait quelque chose. Il y a deux ans, il y a une éternité, le Cully Jazz était sans doute le premier festival, par ici, à annoncer son annulation pour cause sanitaire. Après une édition 2021 réduite et déplacée à l’été, la manifestation aux pieds dans le bleu annonce un retour à la normale, avec chapiteau, caveaux et jazz inclusif, comme si on se prenait à rêver du monde dansant d’avant.

Et par un fait exprès, pour cette édition du come-back, Cully invite des musiciens qui ont bâti l’histoire de cette fête depuis près de quarante ans. Forcément, parmi les immenses brigands qui célèbrent le retour des belles choses, on pense au pianiste cubain Chucho Valdès, 80 ans et l’âme croissante qu’on a vu récemment à la Philharmonie de Paris démonter l’histoire de la musique et la remonter à l’envers, avec une science et un aplomb héroïques.

De la même ampleur et d’un semblable entregent, on se réjouit de revoir à Cully Dee Dee Bridgewater qui rameute ses mémoires sudistes. Mais aussi les tangos vrillés de Richard Galliano qui est un habitué des soirées venteuses au bord du Léman. Et le puissant Popa Chubby dont le blues a, depuis le temps, des airs de Vieux-Continent.

Comme si rien ne pouvait venir à bout du son

Cully, pour la 39e fois, retrouve aussi son appétit pour les nouveaux horizons en jazz (les monstrueux GoGo Penguin sont au village pour la troisième fois), les génies juvéniles (le trio de Tigran Hamasyan est peut-être ce qui raconte le mieux aujourd’hui l’éternité du swing), les aventures lointaines (le Trio Chemirani est une ode à la transmission dont on connaît peu d’équivalents).

Le Cully Jazz est surtout une histoire de chavirement, alors prophétisons un peu sur les moments qui vont agiter cette édition des revenants. Youn Sun Nah chantera My Favourite Things dans un murmure défié par le chant des mouettes. Flèche Love tendra ses bras tatoués et son âme intranquille au chœur d’une église ombrée de bougies. La puissante Andrina Bollinger sera la révélation d’une édition qui n’est pas seulement féminine mais féministe – avec aussi l’engagement de Natalia M. King et le piano ultra-tellurique de Marie Krüttli.

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On ira aussi découvrir, abondamment, embrasser les nouveaux espaces du jazz, le rappeur de Brooklyn Kassa Overall, le pianiste à voix mutine Reuben James, les élégances électroniques d’Ebi Soda, basé à Brighton, tout ce qui au fond nous ramène à la vie, à cette conviction que rien ne vient à bout du son.


39e Cully Jazz Festival, du 1er au 9 avril.