Le 28 février 2020, les milieux culturels voyaient l’étau commencer à se resserrer. Ce vendredi-là, le Conseil fédéral annonçait l’interdiction des manifestations de plus de 1000 personnes. Les deux semaines suivantes, jusqu’au semi-confinement prononcé le 11 mars, seront vertigineuses, avec un flux ininterrompu de reports et d’annulations. C’est ainsi que le 9 mars, avant même d’attendre une interdiction officielle de la part du canton, le Cully Jazz Festival se voyait contraint de renoncer à sa 38e édition, prévue du 27 mars au 4 avril.

Afin de ne pas se faire oublier, la manifestation vaudoise réussissait finalement à organiser fin juin un «Cully Jazz à la plage», soit un week-end de festivités avec public restreint, comme une petite oasis musicale au milieu d’un désert culturel dont on ne connaît malheureusement toujours pas l’étendue. A quoi ressemblera le printemps? Impossible à dire, si ce n’est que le festival lémanique n’aura pour la deuxième fois d’affilée pas lieu dans sa forme habituelle, ni aux dates traditionnelles – entre fin mars et la mi-avril selon les années.

L’incertitude liée aux mesures sanitaires, rendues plus difficile encore à anticiper avec la montée des variants du Covid-19, rendait logiquement inimaginable la tenue d’un événement, même revu à la baisse et avec des groupes régionaux dans des espaces aux jauges réduites, tel qu’initialement envisagé.

Pas de chapiteau

Mais le Cully Jazz ne coupe pas pour autant le son: une 39e édition est annoncée en mode estival, du 20 au 29 août. «L’équipe d’organisation souhaite s’adapter et organiser un festival compatible avec le virus, tenant compte des mesures sanitaires», annonce un communiqué diffusé jeudi. Cette édition sera «singulière, repensée et adaptée à la situation, […] fortement réduite puisque sans chapiteau. Le festival «in» se concentrera sur les scènes du Next Step et du Temple, alors que le festival «off» s’orientera sur des scènes extérieures et éphémères en plus de ses traditionnels caveaux.»

En fonction de la situation sur le front de la pandémie, Jean-Yves Cavin, directeur artistique, espère pouvoir accueillir, en marge d’une programmation essentiellement helvétique, quelques artistes ouest-européens.

En 2020: Le Cully Jazz annule sa 38e édition et craint une possible faillite

La situation économique du festival restera malgré tout, quoi qu’il arrive, précaire. «Ce qu’il faut comprendre, c’est que même en réalisant cet événement en août, on ne dégagera pas une marge suffisante pour couvrir les frais fixes allant d’avril 2020 à septembre 2021, explique Jean-Yves Cavin. Si nous ne sommes pas aidés, nous devrons utiliser le crédit pour assurer la survie de la manifestation et préparer la suivante. Tout en espérant que les éditions suivantes se passeront suffisamment bien pour pouvoir rembourser rapidement cette dette…» En moyenne, le budget de la manifestation est assuré à hauteur d’environ 65% par les recettes des bars et de la billetterie.

Dons du public

Il y a une année, Jean-Yves Cavin brandissait le spectre d’une mort clinique du festival. Cet hiver, il estime donc qu’il n’y a pas de risque de faillite immédiate, d’autant plus que les charges, notamment liées au personnel, ont été fortement réduites. «Nous étions menacés à cause des dépenses déjà effectuées pour l’organisation du festival 2020 et l’absence des recettes principales. Les aides – de même que les dons du public – ont servi à couvrir en partie ces pertes. Et nous avons aussi contracté un crédit covid.»