Youssou N'Dour revient à Cully. La dernière fois, c'était il y a deux ans, dans cette salle qui ne s'appelait plus Davel, déjà baptisée Urban Jazz et pas encore Next Step. En 1999, Youssou était venu pour deux concerts, accompagné du Genevois Moncef Genoud. Découvrir le chanteur africain, devant un parterre de 250 fidèles ébaubis, relevait du miracle. Depuis longtemps, la star sénégalaise avait perdu l'habitude de mettre sa voix à nu. Au travers d'albums surproduits, les vocalises de Youssou paraissaient évanescentes.

Cette année-là, Youssou N'Dour débarquait sur la minuscule scène avec l'assurance des géants qui ont déjà traversé le monde. Les yeux rivés sur le public, dans un contexte (celui d'un trio de jazz) qu'il connaissait mal, le chanteur s'était révélé emprunté. Longs membres dégingandés, Youssou renouait avec ses premiers émois d'artistes.

En réalité, la rencontre du Moncef Genoud Trio et de Youssou N'Dour, reconduite ce soir et demain au Next Step, dit beaucoup sur le lien entre le jazz et l'Afrique. Lien que le Cully Jazz Festival défriche chaque année de manière plus convaincante. Dans cette gigue africaine à la manière des Noirs amusant les Blancs au début du siècle, qu'entamait ce week-end un danseur de la compagnie Nomades, dans ces polyrythmies du batteur Elvin Jones (en concert, samedi dernier) dont a souvent dit qu'elles étaient héritières des traditions d'Afrique, ce sont les racines du jazz qui se jouent en scène. Dans leurs violences et leurs échappées belles. Youssou N'Dour chantant du jazz, c'est en filigrane reconnaître une filiation. Le Festival de Cully a sans doute raison d'en explorer toutes les formes. Même celles qui sont les plus hasardeuses.

Youssou N'Dour et Moncef Genoud Trio en concert: les 27 et 28 mars à 19 h 30, Next Step.

*Cette chronique relate les soirées du Cully Jazz Festival.