Faut-il être sérieux pour écouter du jazz? Rabih Abou-Khalil, en concert ce mercredi, prouve le contraire. Succédant sur scène aux affectations du groupe Mukta, le joueur de oud parvient à dérider un public aux oreilles encore embuées par les vapeurs d'encens du combo français féru d'orientalisme.

L'œil ironique, Rabih Abou-Khalil commence par présenter ses musiciens: le clarinettiste Gabriele Mirabassi est un «barbier frustré», le batteur Jarrod Cagwin joue d'un instrument dont le nom allemand – «Schlarrrrzeug» (sic) – trahit les origines arabes. Suivent alors, entre des compositions d'une rare pertinence, l'épopée d'un «Croisé suisse dont le fils s'appelle Saïd» et l'ode à Monica Lewinsky, «une des plus grandes femmes du XXe siècle». Les spectateurs s'esclaffent. Le one-man-show de Rabih fait mouche.

Souvent, en interview, le Libanais explique les vertus de l'humour pour ne pas apeurer ses auditeurs. Stratégie payante. Tandis que, dans maints autres concerts de jazz, la complexité de la musique rebute le profane, ici, les traits virtuoses et les ruptures rythmiques sont écoutés comme l'illustration passionnante des contes narrés en introduction. La salle découvre alors, presque à son insu, une musique qui dépasse de loin celle de l'ensemble Mukta. Enfants appliqués face à Rabih, enfant terrible.

Cette chronique relate les soirées du 19e Cully Jazz Festival.