Dès ce mercredi, Le Temps lance ses conseils confinement dans le domaine culturel. Chaque jour, un livre, un film accessible à domicile, une série, un album ou un jeu vidéo à (re)découvrir, classiques méconnus ou nouveautés, sept jours sur sept, à 17h en ligne, en accès gratuit. Les propositions seront réunies dans le journal papier le samedi.

A la fin d’une longue journée de (télé-)travail, qui ne dirait pas non à une distraction? Et sans remettre en question les mesures du Conseil fédéral, on ne peut réprimer un petit pincement au cœur en repensant à ce concert annulé ou à ce festival dont on se faisait une joie depuis des mois. La situation de crise demande évidemment adaptation et sacrifices, mais, moyennant un peu d’imagination et une connexion internet, la culture peut s’inviter jusqu’entre nos murs. Outre les canaux habituels, voici une liste de suggestions pour s’aérer l’esprit gratuitement en temps de quarantaine.

Musées

La nouvelle a beaucoup circulé ces derniers jours: à défaut de pouvoir accueillir les visiteurs en chair et en os en cette période de confinement, les sites italiens de Pompéi et d’Herculanum (vestiges d’une autre ville antique près de Naples) proposent désormais sur les réseaux sociaux visites et explications en vidéo. Mais d’autres institutions n’ont pas attendu le coronavirus pour se dématérialiser.

• Le Google Art Projet est une porte ouverte virtuelle sur des dizaines de musées à l’international, qui se sont associés au géant du web pour offrir une partie de leurs trésors aux internautes. Ainsi, via la plateforme, on peut explorer les œuvres de la Kunsthaus de Zurich ou du Belvédère à Vienne, en apprendre plus sur La Laitière de Vermeer au Rijksmuseum, sur les sites patrimoniaux en danger ou même sur la naissance des Jeux olympiques modernes

Grâce au système Street View, il est aussi possible de se promener dans la galerie des Glaces du château de Versailles, dans un bureau de la Maison-Blanche ou de descendre le mythique escalier en spirale du Musée Guggenheim… L’application pour smartphone est peut-être encore plus intuitive (et révèle à ceux qui soumettront un selfie le portrait peint qui correspond le plus à leur profil!).

Le célèbre Metropolitan Museum of Art de New York a particulièrement bien joué le jeu du virtuel. Une série de six vidéos disponibles sur YouTube (plusieurs fois primées) permettent une balade immersive à 360° dans le musée, comme si l’on s’y promenait seul après la fermeture. Sur l’écran du smartphone, l’effet est encore plus saisissant!

Un peu plus classique, le Musée d’art et d’histoire de Genève propose d’explorer ses vitrines, notamment une sélection des carnets de Ferdinand Hodler. Quant au Musée Ariana, il publiera une série de vidéos dévoilant les secrets de son exposition actuelle, Meissen – Folies de porcelaine.

Elle devait débuter jeudi, mais l’édition 2020 d’Art Basel de Hongkong n’aura pas lieu. La foire n’a pourtant pas dit son dernier mot et met en place, du 20 au 25 mars, des «viewing rooms» en ligne: moyennant une inscription au site (avec n’importe quelle adresse e-mail), on peut parcourir les milliers d’œuvres que les artistes auraient présentées, classées par artistes, galeries ou catégories.

Pour les fans du peintre flamand Jan Van Eyck, un site permet d’inspecter ses plus grandes œuvres (dont L’Agneau mystique), en zoomant encore et encore – une résolution qui n’a rien à envier à celle de l’œil nu…

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Concerts

Rien ne remplace les frissons d’un concert: la proximité des artistes, la chaleur de la foule, les vapeurs de bière… Néanmoins, les échos d’une performance en public peuvent se frayer un chemin jusqu’à vos écrans – et dans vos écouteurs.

La salle fribourgeoise Le Nouveau Monde a mis sur pied, pour l'occasion, un espace «1/4 d'antenne» avec des concerts programmés auquel on pourra assister en direct depuis chez soi. A commencer, ce vendredi à 20h par Lephar, a mi-chemin entre la trap, le hip-hop et le jazz. Rendez-vous sur le site, qui propose également des archives.

Le Club Moods, haut lieu du jazz à Zurich, propose des dizaines de vidéos d'anciens concerts de grands noms du… jazz, évidemment, mais aussi de la soul, de l’électro-pop ou encore des musiques du monde.

• Quelques artistes suisses de chez Sony proposent des virgules musicales lives sur leurs réseaux sociaux. C'est par exemple le le cas de Dodo, chanteur de reggae suisse allemand qui transmettra tous les jeudi, depuis son compte Instagram, une session depuis son balcon; d'autres initiatives ont suivi, la SRF les résument ici.

Pendant aux fans d’électro en disette, le DJ Laurent Garnier a mis en ligne un set de sept heures, enregistré à Tokyo en novembre dernier. Les vidéos du Cercle proposent également des plongées aux beats ébouriffants et dans des lieux souvent ultra-scéniques.

Côté classique, plusieurs grandes institutions mettent à disposition des enregistrements vidéo de leurs productions.

Pour contrer le «corona-blues», le Metropolitan Opera de New York a annoncé qu’il offrirait, chaque jour de cette semaine, des opéras en streaming – le lien sera mis en ligne dans la nuit, décalage horaire oblige, mais accessibles durant vingt heures sur la page d’accueil – et filmés avec un certain talent. Aujourd’hui, rendez-vous avec La Bohême de Puccini.

L’Orchestre philharmonique de Berlin n’est pas en reste puisqu’il met exceptionnellement à disposition sa plateforme Digital Concert Hall gratuitement, par laquelle on accède, après inscription, à une série de concerts filmés (dirigés par Kirill Petrenko ou encore Daniel Barenboim). Le prestigieux Wiener Staatsoper se joint à l’effort pour une offre similaire.

Quant à l’Opéra national de Paris, il n’est pas en reste puisqu'il propose, depuis l’arrivée de son directeur Stéphane Lissner en 2015, une magnifique plateforme de création vidéo. La 3e Scène accueille les plus grands artistes du moment pour mettre en scène et en valeur des productions ou des aspects backstage. Un florilège de réalisations originales s’y découvre sur le site de la «grande boutique», alors que des productions enregistrées bénéficiant des droits d’auteur sont actuellement mises en ligne. Une nouvelle œuvre par semaine est présentée sur le site. Les rendez-vous à venir sont les suivants: Manon (dernièrement annulée), du 17 au 22 mars. Don Giovanni (2019), du 23 au 29 mars. Le Lac des cygnes (2019), du 30 mars au 5 avril. Le Barbier de Séville (2014), du 6 au 12 avril. Soirée Robbins (2018), du 13 au 19 avril. Et en parallèle, le cycle des symphonies de Tchaïkovski avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan, du 17 mars au 3 mai.

A noter que l’opéra Les Indes galantes, proposé l’automne dernier à l’Opéra de Paris dans la mise en scène Clément Cogitore, est à découvrir dès à présent sur Arte TV. Bonnes soirées lyriques!

Côté chaussons et entrechats, le Béjart Ballet Lausanne mettra à disposition quatre ballets de son répertoire dès le 26 mars sur son site, dont  t ‘M et variations…, création de Gil Roman pour les 30 ans du BBL en 2017, ou La Flûte enchantée de Maurice Béjart lui-même. De quoi donner envie de danser dans son salon...

Et pour ceux qui seraient simplement à la recherche d’une bande-son pour accompagner leurs activités intra muros, des playlists spéciales coronavirus fleurissent sur Spotify. On pense notamment à «Covid-19: Quarantine Party», une playlist de sept heures uniquement composée de titres renvoyant au confinement (Toxic de Britney Spears comme Stayin' Alive des Bee Gees ou encore City with no Children d’Arcade Fire). Mais aussi à «Rita Wilson’s Quarantunes», du nom de la femme de Tom Hanks (le couple, diagnostiqué positif, est soigné en ce moment en Australie), qui l’a concoctée. Et si vous n’avez pas de balcon ou que les sons de la nature vous manquent, direction «Natural Concentration» pour deux heures de ressac et de pépiements.

Littérature

Pas eu le temps de faire une razzia en librairie avant que celles-ci ne ferment leurs portes? Pas de problème. Plusieurs ressources vous permettent d’accéder à des classiques ou à des découvertes, en ligne comme en PDF.

• Wikisource est un recours remarquable. On y trouve, en libre accès, tous les textes libres de droits. De quoi plonger dans la poésie et les romans du XIXe siècle – de Jules Verne à Flaubert – mais aussi les pièces du XVIIIe – de Molière à Racine – et des textes plus anciens, jusqu’à de multiples traductions des premières sagas de l’humanité, l’Illiade et l’Odyssée. La fiction n’est pas la seule à être représentée, toutes les humanités classiques sont accessibles, ainsi que la poésie.

Pour les livres plus contemporains, les bibliothèques de Suisse romande ont des services en ligne d’emprunt de livres électroniques, accessibles grâce à son numéro de carte.

Le site Livres pour tous permet également de télécharger en PDF toutes sortes de livres libres de droit, ainsi que de nombreuses traductions.

A noter que même ITunes et Google Play proposent des classiques gratuits. Les textes du XIXe, par exemple, existent souvent en version libre (à dénicher entre les offres payantes, forcément mises en avant).

Humour

Si les best of de François l’embrouille ne vous font pas pouffer, tentez un petit tour sur la chaîne YouTube du Montreux Comedy Festival. Des dizaines d’extraits de spectacles, dont ceux de Thomas Wiesel, de Marina Rollman, de Blanche Gardin ou encore de Paul Taylor, promettent de vous dérider en cas d’attaque de panique.

Films et séries

Vous n’avez pas d’abonnement Netflix? Outre le bon vieil écran de télévision, d’autres plateformes vous permettent de visionner des films, documentaires et séries gratuitement.

Le site du Festival international du film documentaire d’Amsterdam (IDFA) donne accès à plus de 300 documentaires sur une large palette de sujets, dont certains en français.

• Play RTS, où l’on trouve l’intégralité de Bulle, la nouvelle série originale de la RTS, l’exceptionnelle Chernobyl (pendant quelques jours encore) ou encore la saison 2 de Quartier des banques.

• Arte TV, où visionner Sous influence, série de coup-de-poing adaptée du best-seller de Louise Doughty, Agrippine, les déboires désopilants d’une ado adaptés de la BD de Claire Bretécher, et, évidemment, de nombreux documentaires – sur les trous noirs, le goulag… ou le blob.

 Durant la quarantaine, Canal + fait un geste et offre ses 6 chaînes en clair (Canal+, Canal+ Décalé, Canal+ Sport, Canal+ Cinéma, Canal+ Séries et Canal+ Family) sur toutes les box suisses jusqu’à fin mars. L'occasion d'étendre encore ses horizons télévisuels.

On y pense rarement lorsqu’il s’agit de fiction, mais Facebook produit depuis quelques années ses propres séries, que l’on regarde gratuitement et directement sur les pages qui leur sont dédiées. Toutes ne sont de loin pas formidables, mais on y trouve quelques pépites. C’est le cas de Sorry for Your Loss, qui raconte le deuil avec une honnêteté bouleversante, ou Limetown, qui voit Jessica Biel incarner une journaliste radio enquêtant sur la disparition de tout un village.

Et si vous perdez le fil et ne voulez pas rater les prochaines sorties, le site What's On Friday répertorie les nouveautés des différentes plateformes VOD, jour par jour.

Lire aussi:  Que valent les séries Facebook?

Scènes

De nombreux théâtres et compagnies proposent des captations de spectacles.

• La Cie Alias propose sur sa chaîne YouTube quelques moments forts de son existence en partageant plusieurs de ses archives vidéos. Cinq captations et un court métrage seront visibles ces prochaines semaines en direct, les mardis, jeudis et samedis à 20h.

 «Conférence de choses», de François Gremaud, avec Pierre Mifsud.

 «Le Cheval», d’Antoine Defoort et de Julien Fournier.

«The Real Fiction» et «The Rehearsal», de Cuqui Jeres.

 La plupart des spectacles de Nicole Seiler sont en libre accès sur son site.

Podcasts

En attendant le retour de Brise Glace, le podcast du Temps (dont vous pouvez découvrir les anciens épisodes ici), le web regorge de parenthèses audio divertissantes, haletantes ou éducatives. Vous ne vous êtes pas encore mis aux podcasts? Voici trois exemples.

Si vous êtes branché littérature, jetez une oreille au Book Club, de Louie Media, qui vous emmène à la découverte des bibliothèques de femmes inspirantes.

Le Grain des choses est une revue sonore trimestrielle et son concept, plus contemplatif: une série d’œuvres audio, journalistiques ou non, souvent poétiques et filées autour d’un même thème. On les écoute à la suite, comme on tournerait les pages d’un journal, en se laissant porter.

Plus branché fiction? Le Nuage, la récente production du studio Nouvelles Ecoutes, imagine une situation catastrophe: un accident nucléaire en France. Avec les voix d’Emmanuelle Devos et de Damien Bonnard.

Lire aussi les suggestions de notre chroniqueuse podcast:  Des fictions sonores pour voyager même «isolé»

Et enfin, une petite virgule, pour s’évader…

Vous ne le saviez peut-être pas, eh bien maintenant si: un site recense les webcams disséminées autour du monde, sur lesquelles on peut se brancher en un clic. Ainsi, sans quitter son canapé, on peut observer les éléphants du zoo de Zurich, un nid d’oiseau pêcheur en Estonie, mais aussi Time Square ou la fontaine de Trevi, étrangement vides en temps de crise…