Copier, reproduire, digérer, pour finalement trouver tant sa voie que sa voix. Tous les grands groupes de rock vous diront la même chose: au début de leur carrière, ils se sont fait la main sur des morceaux composés par d’autres. C’est Roger Glover, le bassiste de Deep Purple, décortiquant la musique de Buddy Holly et Eddie Cochran, ce sont les Rolling Stones jouant lors de leurs premiers concerts du blues de Chicago et des titres de Chuck Berry et Bo Diddley, c’est plus tard le groupe irlandais Feedback reprenant les Clash, les Buzzcocks et les Sex Pistols… avant de devenir U2.

Lire aussi: Les «tribute bands» ou l’attaque des clones

Au-delà du côté apprentissage de la reprise, reprendre des standards du répertoire a dès les années 1950 été un passage obligé, comme un héritage du blues et du jazz, deux genres en partie construits autour de la circulation des mélodies. Dès ses débuts, Elvis Presley a par exemple salué ses aînés. Sur son premier album, sorti en 1956, il reprend aussi bien Little Richard (Tutti Frutti) que Carl Perkins (Blue Suede Shoes) et Ray Charles (I Got a Woman). Et à partir des années 1960, ce sont les tubes du King qui seront à leur tour massivement réenregistrés. Tout comme plus tard ceux des Beatles – quelle merveille que le destin tragique d’Eleonor Rigby passé à la moulinette soul par Aretha Franklin.

En 2022, alors que l’industrie des grands concerts redémarre enfin (avec par exemple les Stones – moins feu Charlie Watts – à Berne en juin), il est frappant de voir à l’affiche de nombreuses salles romandes des concerts-hommages. Depuis quelques années, le phénomène des tribute bands est en plein essor, avec de vrais faux groupes jouant qui du Queen, qui du Beatles, du Pink Floyd ou du Led Zeppelin. Ou la promesse d’un voyage dans le temps, d’assister à des concerts «comme si on y était», avec une partie du public revivant sa jeunesse et une autre parcourant l’histoire du rock de manière immersive. Au-delà de la dimension économique de ces tournées, osons penser qu’il y a aussi là quelque chose de didactique.

Une autre chronique: Charlie Watts, la fin d’une époque

Les musiques pop-rock sont récentes, elles sont même plus jeunes que le cinéma, dont on dit qu’il n’a même pas entamé son adolescence. Les voir ainsi célébrées à travers les tribute bands est indéniablement un signe de leur intemporalité. De même qu’il est possible en classique d’aller écouter du Mozart et du Beethoven, mais aussi des créations contemporaines, il est réjouissant de pouvoir planer avec le prog-rock de Pink Floyd et sautiller avec les pop songs des Beatles, tout en pouvant cet été aller applaudir Nick Cave à Montreux ou Sting au Paléo.