Le peintre soleurois Cuno Amiet (1868-1961), que présente le Musée Rath à Genève, est un personnage éminemment attachant. D'abord parce qu'il a laissé une œuvre d'une jubilation bénéfique. Ce qui est plutôt rare. En son temps, cependant, cela avait plu, même si sa peinture ne s'était pas imposée d'emblée. Mais son art, curieusement, reste mal connu. Comme s'il s'engluait dans la frilosité actuelle, renvoyant par contraste des reflets trop critiques. Ses positions prennent à rebrousse-poil. Tout son art, son enjouement, son engagement apparaissent peu suisses.

Amiet est un artiste d'ouverture. Lorsqu'il sent qu'il piétine, qu'il se trouve insatisfait de l'enseignement académique dispensé tant à Munich qu'à Paris, il se rend en Bretagne, à Pont-Aven, là où l'avant-garde du moment bruisse d'idées nouvelles. Et lorsque, quinze ans plus tard, les jeunes artistes allemands de Die Brücke sollicitent le peintre désormais reconnu de leur apporter sa caution, il n'hésite pas. Sachant combien les confrontations et les apports réciproques sont féconds.

Là encore, il ne s'est pas trompé. En participant aux manifestations de l'expressionnisme allemand, même s'il ne partage pas l'impétuosité de ses jeunes confrères, il se retrouve au cœur du mouvement qui, au début du siècle, va provoquer le chambardement de tout l'édifice artistique en mettant désormais au premier plan la subjectivité du créateur. Lui-même a l'intelligence du feeling. Mais cette façon de sentir les choses se cultive. En s'informant, en multipliant les échanges.

La méthode est bénéfique aussi pour la communauté. Car qui échange partage. Cuno Amiet est un personnage qui accueille, que l'on vient consulter, dont on sollicite les avis. Il n'a pas seulement emmagasiné des choses pour lui-même mais aussi pour les autres. Telle est la conception qu'il se fait de ses recherches. A Oschwand, son domicile est un vrai lieu de rencontre, de formation. Et cette disponibilité a des effets, puisqu'on doit à Amiet d'avoir ouvert l'art suisse à la modernité.