Paléo

Cyril Cyril, la confédération des îles

Avec ses mélopées aux identités floues, le duo genevois connaît un succès vif. Rencontre dans les locaux du disquaire et label Bongo Joe avant leur concert à Paléo

La perceuse fait un joli bruit d’acier. Deux ouvriers entrent dans le magasin en s’excusant. La façade de Bongo Joe, depuis plusieurs mois, est recouverte d’échafaudages. C’est une zone franche grignotée par le bruit, la poussière, l’urbain – récemment, ils ont subi deux cambriolages et une inondation. On songe à cette chanson de Cyril Cyril, La Ville: «La ville est un danger/Elle se plaît à brûler toutes les ailes/Elle avale tout.» Alors, ils servent du café serré avec une machine ancienne. Cyril Yeterian remet ses cheveux en place. Cyril Bondi croise les jambes. Ils parlent de leur duo-miroir, cette échappée belle, un possible ailleurs.

C’est étrange qu’ils ne se soient pas connus plus tôt. Deux figures nocturnes de l’underground genevois, deux papes de l’ombre. Longtemps, Cyril Bondi a ajusté ses baguettes dans un trio de vitesse, Plaistow – ils ont tourné partout avec leur jazz minimal et lyrique. Il a en plus fabriqué des orchestres expérimentaux, des festivals étonnants, il a animé sa ville de tapage et de grâce. Cyril Yeterian, lui, a fait respirer son petit accordéon cajun, son mélodéon miné, dans le groupe Mama Rosin. Pendant sept ou huit ans, c’est une vie rock. Le bus, le canapé défoncé dans la loge, l’odeur de cendrier mêlé d’orge. «A un moment, explique Yeterian, je dormais bien plus avec mon collègue de groupe Robin Girod qu’avec ma femme.»