Pour l'avoir testé, on peut affirmer avec certitude que le DAF Festival est une expérience sensorielle globale et déroutante. Globale parce qu'elle intéresse toute une série de terminaisons nerveuses – et en tout cas celles de la vue, de l'ouïe, du goût et du toucher. Déroutante, parce que cet agrégat de concerts, de performances, d'installations et d'objets culturels non identifiés tire à la fois sur les registres du dérèglement neuronal, de la poésie décalée, du gogolplexième degré et du n'importe-quoi jubilatoire.

Installé dans et hors les murs de La Reliure – un espace à tout faire et aux murs bigarrés situé sur la rue de Saint-Jean, autant dire la plus chouette de Genève –, le DAF est un espace-temps de promiscuité heureuse et d'expériences étranges: on a pu y passer, en déambulant d'un étage à l'autre de la bâtisse, d'un alignement de dizaines de hamsters en plastique qui se dandinaient en rythme et en cliquetant, à un concert electro punk (mais surtout foutraque), et à toute une escadrille d'utopies en tous genres.

A travers les canettes de bière 

Au menu de son édition 2019, le DAF propose une série d'événements dont on perçoit à la fois la nature et le haut potentiel: ainsi, pour le son, des drones de re-drum (mercredi 1er mai) ou, le même soir, de l'ambient de Maxine Yolanda. Pour l'œil, on attend beaucoup des images que Stéphanie Probst capture avec des canettes de bière transformées en sténopés. Au rayon performance participative, on avoue un faible pour le «Glory Hole sonore»: là, vous glisserez votre oreille dans un trou pratiqué dans une paroi; de l'autre côté de celle-ci, des bouches vous raconteront des histoires, des doigts vous masseront le lobe, ou vous le tatoueront – à votre choix. On notera aussi le retour quotidien d'une «Cérémonie d’aérobic sauvage et grotesque»: parfait, paraît-il, pour stimuler le «nerf secret qui relie le postérieur aux zygomatiques».

Mais le DAF, c'est aussi une multitude de choses dont on n'a aucune idée de ce qu'elles peuvent bien être – et c'est tant mieux. A quoi ressemblera le «Dernier bal avant la fin du monde»? Aucune idée. Et «Fédératif mal de mer»? Même réponse. On avoue même un peu d'effroi à la lecture du descriptif de l'installation nommée «Robin des doigts», à savoir une boutique de manucure improvisée: «Présente-nous tes doigts à travers la boîte magique et au gré de ton regard, des marées ou d’un Ricard, nous ferons de tes doigts les plus robins des doigts!» On craint le pire, mais c'est bien souvent de ce genre de surréalisme brindezingue que naissent, comme on le dit en œnologie, les accidents sublimes.

DAF Festival. Du dimanche 28 avril au jeudi 2 mai. La Reliure, rue de Saint-Jean 45, Genève.