Cinéma

«Le Daim», un homme et son blouson

Quentin Dupieux se rapproche pour la première fois d’une narration classique pour mettre en scène un excellent Jean Dujardin dans la peau d’un quadragénaire au bord de la rupture. Le comédien incarne Georges, un homme qui va s’allier avec sa veste en daim pour se lancer dans une folle croisade

Un film de Quentin Dupieux peut-il être «normal», dans le sens où son récit n’œuvrerait pas à la distorsion de la réalité représentée dans un constant souci de questionner la notion de fiction? Oui, si on croit le cinéaste et musicien lorsqu’il affirme que Le Daim est son «premier film réaliste». Mais quand on lit pour commencer le synopsis succinct de son huitième long métrage, on reste dubitatif: «Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.» Ce film avec Jean Dujardin aurait donc pour second rôle une veste en daim…

Qui connaît la filmographie de Dupieux, un réalisateur qui a quand même mis en scène le duo Eric & Ramzy dans un hommage burlesque au cinéma de genre américain (Steak, 2007), raconté les tribulations d’un pneu tueur (Rubber, 2010), imaginé une succession surréaliste de mises en abyme (Réalité, 2014) et dynamité le principe rétrospectif du flash-back (Au poste!, 2018), remettra en doute sa capacité à rester sur les rails. Mais au final, il faut avouer que Le Daim, malgré son lot de péripéties relevant plus d’un fantasme de scénariste que d’une volonté de refléter de la «vraie vie», tire un fil narratif qui ne cherche jamais à faire basculer l’histoire dans une sorte de dimension parallèle, à l’instar de ce que le Français a pu faire jusque-là.