Les années ont beau passer, rien ne ternit le charme de Felicity Lott. La plus francophile des divas britanniques respire toujours la même classe, feint toujours la naïveté, même lorsqu’elle bascule dans un registre grivois. La voilà qui arrive en robe verte, sur la scène des Athénéennes à Genève. Elle chante des mélodies françaises et airs d’opérettes en alternance avec le comédien Alain Carré qui récite des textes d’un piquant délicieux. Car s’il s’agit d’une ode au libertinage, spectacle conçu autour de poèmes et textes de grands auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles (Diderot, Corneille, Molière, Casanova…), truffés de sous-entendus licencieux.

Le plus beau, c’est le naturel avec lequel les deux artistes s’emparent de la chose. Ils forgent une entente tacite, elle posant son regard sur lui tandis qu’il débite des vers splendides. Les jeux de mots sont parfois vertigineux, faisant sourire et rire le public. Malgré une longue carrière, Dame Felicity Lott conserve encore une fraîcheur intacte. Certes, la voix n’est pas toujours très stable, certaines notes sont un peu serrées (lorsqu’elle grimpe dans le haut de la tessiture), mais quelle maîtrise! Elle est encore capable de placer de beaux aigus, et quand elle se heurte à des fragilités, elle les masque par son immense savoir-faire.

Comme à son habitude, la soprano anglaise s’applique à soigner la diction en français, remarquable, alors qu’il y a des chanteuses françaises qu’on ne comprend même pas! Jamais elle ne force le trait. Son chant dégage un charme empreint de pudeur toute British, avec des nuances subtiles et goûteuses. Très applaudie, elle ne s’attendait pas à recevoir un gâteau d’anniversaire en ce jour très spécial! Le comédien Alain Carré, magnifiquement à l’aise dans l’exercice, et la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury, sensible, ont été pareillement ovationnés par une audience conquise. Après une pause assortie de coupes de champagne, le Quatuor Cavatine prenait place pour un deuxième concert, vers 20 heures.

Formé en 2010, ce jeune ensemble français affiche de belles qualités. Mais l’équilibre entre les quatre instruments n’a pas paru idéal dans le Quatuor en si bémol majeur K. 589 de Mozart. Le premier violon Guillaume Chilemme affiche une forte personnalité; il se montre mélodieux et expressif, parfois au détriment du second violon et de l’alto. Bruno Delepelaire (premier violoncelle solo aux Berliner Philharmoniker!) se chauffe peu à peu et déploie de belles sonorités dans ce quatuor qui fait la part belle au violoncelle.

Les quatre archets ont paru plus unis dans le Quatuor «Ainsi la nuit» de Dutilleux. L’interprétation conjugue ardeur et sensibilité avec un beau sens de l’architecture globale. Enfin, Patrick Messina (première clarinette solo de l’Orchestre National de France) rejoignait ses jeunes collègues dans le Quintette avec clarinette de Mozart. Sa sonorité est ronde et fluide, les phrasés sont souples. Même si certains passages pourraient être plus diaphanes et suspendus encore, les cinq musiciens dominent ce joyau du classicisme.


Les Athénéennes à Genève, jusqu’au 14 mai. www.lesatheneennes.ch