Journée maussade de fin d'automne à Venise. Les allées des Giardini sont désertes. Mais au cœur de la Biennale d'art, le pavillon français est tout bruissant, autant que lors des journées inaugurales en juin. Le travail, conçu par Sophie Calle autour d'un mail de rupture qu'elle a reçu, n'a cessé d'émoustiller les attentions.

Fine guêpe, l'artiste a demandé à une centaine de femmes de toutes professions et de tous âges, célèbres ou anonymes, d'interpréter cette lettre, de la chanter, de la danser, de la décortiquer juridiquement, en vidéo, film, lecture, spectacle, écriture. Comédienne, avocate, écrivaine ou physicienne, elles s'en sont donné à cœur joie. Et les mimiques de la clown ont réduit les propos mielleux du gros bourdon, empêtré dans son reniement, à de poisseuses balourdises. Le travail de Sophie Calle est tout d'intelligence.

Il est aussi tout de sensibilité. Le jour même où on lui annonçait son invitation à la Biennale de Venise, l'artiste apprenait la phase terminale de la maladie de sa mère. «Et dire que je ne pourrai même pas aller là-bas», regrettait cette dernière. Elle y fut, par la grâce d'une œuvre de sa fille. Sophie Calle a filmé les derniers instants de sa mère, les a accompagnés d'autres documents. Et rien n'était voyeur pour le spectateur. Au contraire: d'une émotion partageable. La guêpe s'était faite libellule pour, d'un fait intime, toucher à l'universel, au céleste.