Le Temps: En 2017, vous présentiez pour la Fondation Pinault à Venise «Trésors de l’épave de l’Incroyable», un projet basé sur une fiction, extrêmement ambitieux, qui vous a occupé pendant dix ans. Comment êtes-vous passé de cet univers-là à celui des «Cerisiers en fleurs», un travail qui évoque Monet et le Japon?

Damien Hirst: C’est un processus continu. Lorsque je travaillais sur Trésors de l’épave de l’Incroyable, j’ai eu beaucoup de temps libre, parce que beaucoup de gens travaillaient pour moi [ndlr: il s’agissait notamment de créer de faux artefacts prétendument retrouvés dans une épave imaginaire]. Si bien qu’une fois le projet lancé, j’ai passé presque un an à ne rien faire. Alors j’allais au studio et j’ai commencé à peindre. Au début des années 1990, j’avais fait cette série de petits tableaux, Visual Candy, en même temps que je réalisais les grands Spot Paintings. J’ai appris la peinture avec Patrick Oliver, un artiste de Leeds, un genre de Peter Lanyon. Il disait qu’il fallait peindre ce que l’on ressent: des bruns et des noirs si on est triste, des rouges et des jaunes si on est heureux. Il disait que la véritable peinture était grande et gestuelle. J’ai toujours eu cela en moi, mais dans les années 1990, cela ne correspondait pas au monde qui était le mien. Quand j’ai commencé à peindre Les Cerisiers en fleurs, j’étais dans cet esprit, cette continuité, mais cette fois, le format était le bon. Des tableaux vraiment très grands, comme une grande fête du mouvement, de la lumière et des fleurs. Un jour, quelqu’un est entré dans le studio et m’a demandé: est-ce que tu es amoureux?