Joe Lucas est un agent spécial du FBI, un jeune tueur qui ne lit jamais «d'histoires inventées». Il s'étonne donc qu'Edgar Hoover en personne l'envoie, en cet été 1942, sur l'île de Cuba pour infiltrer un réseau d'espions aussi amateur que folklorique créé par un… romancier, du nom d'Ernest Hemingway. L'auteur de Pour qui sonne le Glas s'est en effet mis en tête de débusquer les espions et les sous-marins nazis qui transitent par l'île avant de toucher le territoire américain. Entre deux soirées où défilent Ingrid Bergman ou Gary Cooper, Lucas s'aperçoit que cette titubante «usine à forbans» intéresse à peu près tout ce que l'Europe en guerre compte de services de renseignements, et qu'elle en est même peut-être l'un des pions très exposés… Consacré – un peu outrancièrement – comme le maître de la SF américaine, Dan Simmons change de registre dans cette évocation d'une part méconnue de la vie d'Hemingway. Allant jusqu'à affirmer que 95% de son texte est véridique, Simmons impressionne en tout cas par la méticulosité de son enquête, doublée d'un récit passionnant, ce qui ne se refuse pas, à l'instar d'un bon planteur.