Les vingt premières minutes, on est pris de vertiges. Tel un fleuve, une ritournelle aux accents électroniques abreuve nos oreilles. Au cœur des boucles lancinantes, des danseurs et danseuses glissent d’un bout à l’autre de la scène. Leurs pas aériens dessinent des cercles, des arcs, des diagonales, des cercles, des arcs, des diagonales. En arrière-plan, un film donnant à voir la même chorégraphie se superpose aux mouvements qui parcourent l’estrade: les interprètes se retrouvent traversés par leur double spectral. Comme son nom l’indique, Dance est un spectacle qui ramène la danse à son expression la plus fondamentale: celle des corps, des gestes simples répétés ad nauseam et à regarder en tant que tels. Il n’y a là aucune virtuosité, aucune narration. C’est une longue ligne droite; elle commence et s’arrête comme une respiration. Au bout d’un moment, l’inconfort laisse place à la contemplation. On croit flotter au cœur même des mouvements, hors de tout espace et de tout temps.