Théâtre

D’André Engel à Omar Porras, la nouvelle saison du Théâtre de Carouge fait envie

Directeur de la maison carougeoise, Jean Liermier propose une saison riche de neuf spectacles, marquée par le retour de la troupe du Russe Piotr Fomenko qui proposera son adaptation de «Guerre et Paix». Jean Liermier lui-même montera «Le Malade imaginaire», avec Gilles Privat dans le rôle-titre

Lever le voile sur une nouvelle saison devant 800 (!) spectateurs. Peu de directeurs peuvent prétendre à ce privilège. A la tête du Théâtre de Carouge depuis juillet 2008, Jean Liermier s’est offert ce luxe l’autre soir. Sa sixième saison, il ne l’a pas détaillée: il l’a jouée, en solo, sur scène, sous les yeux d’une assistance attentive, une partie dans la salle bondée, une autre suivant la performance via un écran, sous tente, mais oui, à l’extérieur.

Du bagout et une belle dose de foi, voilà ce que Jean Liermier, 42 ans, a affiché, quitte à en faire trop, parfois, dans le souci d’appâter l’auditoire. N’empêche qu’au-delà du show, son offre, riche de neuf spectacles, a de l’allure. Mieux, elle est auréolée d’un esprit. Comment le définir?

Le maître mot pourrait bien en être fidélité. Et famille, amicale s’entend. La première fidélité est celle qui lie Jean Liermier à des artistes qui l’ont formé. Ainsi, le Français André Engel: pendant dix ans, il en a été l’assistant. Il a observé et admiré son art de transformer une scène en tableau ou en plan cinématographique, son art encore d’apprivoiser les fauves, Serge Merlin, Pascal Bongard ou Michel Piccoli – dans Lear notamment. Sous le titre de La Double Mort de l’horloger, André Engel montera en enfilade deux pièces d’Ödön von Horvath, cet Européen de langue allemande qui meurt en 1938, fracassé par une branche un soir d’orage à Paris.

Ainsi encore, Piotr Fomenko, ce géant russe décédé l’été passé. Jean Liermier ne l’a pas connu. Mais il est fasciné par le travail de ce mécanicien de l’âme, capable de consacrer des années à un spectacle, comme son adaptation de Guerre et Paix, présentée au Grand Théâtre à Genève en 2004 (LT du 18.11.2004), qui renaîtra pour notre bonheur à Carouge, du 26 février au 5 mars. Autre figure tutélaire, maître et ami à la fois, Claude Stratz. En 2001, ce dernier montait un Malade imaginaire inoubliable avec les acteurs de la Comédie-Française. Jean Liermier ne manquera pas de penser à cette version en se mesurant à son tour à la pièce, avec dans le rôle-titre Gilles Privat, aussi marquant à la scène que modeste à la ville.

Agatha Christie au menu

Dans la famille carougeoise, deux autres figures promettent de briller. Omar Porras, qui avait proposé ici même des Fourberies de Scapin sanguines, s’emparera de La Dame de la mer, une passion signée Henrik Ibsen. Le Neuchâtelois Robert Sandoz, lui, montait Monsieur chasse de Feydeau, sous ce même toit en 2010. Il adaptera Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie.

Comme point d’orgue, Jean Liermier a souhaité la bonne année au public. Une saison s’achève. Une autre s’ouvre. Pour marquer ce passage, un feu d’artifice a jailli de la scène. C’est ce qui s’appelle un paraphe.

Rens. www.tcag.ch

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