Genre: roman
Qui ? Daniel Cordonier
Titre: Le Féminin du temps
Chez qui ? Favre, 325 p.

«Mon travail consiste à découvrir comment le monde est né», explique à son fils bien-aimé Richard Damier, physicien au CERN et tutoyeur de particules collisionnées. Tandis qu’il sent monter en lui la très élémentaire angoisse du temps qui passe. Son ami Otto, psychologue-restaurateur féru de Jung et de mythologie grecque, lui fait remarquer qu’il est en train d’expérimenter dans sa vie l’effet des lois de sa discipline: les seins de sa femme ne sont plus ce qu’ils étaient (gravitation), les molécules de son corps se dégradent (entropie). Puis Richard tombe amoureux, puis il disparaît, son journal s’interrompt et les autres protagonistes du drame prennent la parole. C’est du temps du récit que surgira la clé de l’énigme.

Mêler suspense et vulgarisation scientifique, c’est le propos du psychologue valaisan Daniel Cordonier. Dans son premier roman, L’Ordre des femmes , il scrutait brillamment le désarroi du mâle contemporain à la lumière des psychologies jungienne et évolutionniste (LT 3.02.10). Cette fois, avant de se mettre à l’écriture, Cordonier a fait un stage d’immersion en physique quantique: Jung est toujours là, mais sa théorie de la synchronicité y est confrontée à l’intrication quantique (ce qui n’a rien de farfelu puisque Wolfgang Pauli, Prix Nobel de physique en 1945, était proche de Jung). Tout cela nous est restitué avec une fraîcheur printanière sous l’égide du dieu Kairos, tellement plus intéressant que Chronos.

Daniel Cordonier se qualifie lui-même de romancier «amateur». Son livre est parfois maladroitement écrit et bien pessimiste sur les proportions que peut prendre la toute-puissance féminine. Malgré cela: quel plaisir de le lire! Plaisir dû à une construction habile et, surtout, au délice d’apprendre en s’amusant.