Il n'avait pas le physique d'un sportif, dit-il en souriant sous son air sage, si bien que ses parents l'ont poussé vers la musique. Lorsqu'il entre dans une école anglaise pour jeunes musiciens, Daniel Harding a 13 ans et choisit la trompette. Mais comme il veut devenir chef, il forme un orchestre avec ses camarades et joue de tout, jusqu'au Pierrot lunaire de Schönberg.

Trois ans plus tard (il en a 16), il est chez Simon Rattle, qui dirige l'orchestre de Birmingham, et dont il sera l'assistant pendant cinq ans. Formidable émule! Comme Rattle, Harding apprend à diriger tous les répertoires, à respecter chaque style, à aimer Rameau comme Alban Berg et à les jouer ensemble au même programme.

Un coup de pouce le lance: il remplace Simon Rattle lors d'un concert parisien, et Stephane Lissner, sonné par son talent, décide de l'engager pour la première édition du Festival d'Aix-en-Provence dont il a repris la direction. Harding passe alors une année à la Philharmonique de Berlin auprès de son second maître, Claudio Abbado.

L'été suivant, il partage avec Abbado l'affiche de Don Giovanni, qui ouvre le Festival d'Aix-en-Provence dans la mise en scène très attendue de Peter Brook. Ce n'est pas un début de carrière mais déjà un sacre. L'enregistrement vient de paraître de cette production (chez EMI), emporté par des tempos fous, d'une verve, d'une énergie à couper le souffle. Le théâtre est pleinement là, avec ses pertinences et ses lois, qui poussent souvent la musique dans des retranchements inouïs, enchaînant récitatifs et airs, excitant jusqu'au nerf le principe de désir du chef-d'œuvre.

Ce qui signale chez Harding le chef-né, c'est sa capacité à magnifier les orchestres qu'il dirige. Il l'a prouvé avec son premier disque consacré aux ouvertures de Beethoven (EMI). La «Deutsche Kammerphilharmonie» de Brême, solide formation allemande sans pedigree particulier, y sonne admirablement, et comme toujours avec des dynamiques et des phrasés qui paraissent couler de source.

Une telle nature peut-elle être gâtée par l'éclat de la carrière qui s'ouvre à lui? Pour l'instant, il demeure tel qu'en lui-même, tapant un ballon à l'entracte et enfilant, à la fin du concert, un maillot de foot pour aller dîner. Dieu merci, il n'a toujours pas le physique d'un sportif…