Classique

Daniel Lozakovich, l’archet prodige

Agé de 15 ans, ce petit génie suédois du violon est promis à une belle carrière. Il joue le «5e Concerto» de Mozart avec l’OSR, mercredi et vendredi à Genève, jeudi à Lausanne

Serait-il un jeune Yehudi Menuhin? Un talent tombé du ciel? Cet été, Daniel Lozakovich a fait vive impression au Verbier Festival. Il fallait l’entendre dans la Chaconne en ré mineur de Bach: la tenue de l’archet, la beauté de la sonorité, l’aptitude à déployer des grandes phrases chez cet adolescent au regard serein et lumineux, de taille plutôt petite, ont conquis le public. Bien sûr, il peut encore mûrir, mais ce prodige du violon a déjà tout d’un grand.

A 15 ans, Daniel Lozakovich est embarqué dans une carrière très prometteuse. En juin dernier, il signait un contrat pour trois albums à venir chez le prestigieux label Deutsche Grammophon. Valery Gergiev en a fait l’un de ses poulains et il s’apprête à enregistrer l’an prochain le Concerto pour violon de Beethoven, considéré comme l’un des plus exigeants musicalement. Rencontré l’été dernier sur la terrasse d’un café à Verbier, le jeune Suédois évoquait dans un langage d’adulte teinté d’éclats de rire enfantins son parcours, l’œil vif, alerte.

On en oublie son âge, tellement il est lucide sur son art et les pièges qui guettent tout violoniste. «Dans la Chaconne en particulier, il y a de si beaux moments qu’on serait tenté de tenir et suspendre les notes, au risque d’en faire trop et de verser dans la sentimentalité. Avec cette Chaconne, il s’agit de raconter une histoire, une tragédie, et non pas d’en faire une tragédie!» La discussion se poursuit avec le Concerto de Beethoven, dont «la structure est si limpide», mais dont «la musique est si difficile». Et d'enchaîner sur l'accompagnement orchestral qui doit être «semblable à de la musique de chambre», et non pas simplement virtuose comme dans les grands concertos romantiques.

Premier concert avec orchestre à 9 ans

Né en 2001 à Stockholm, de parents «absolument pas musiciens» originaires de l’ex-URSS, Daniel Lozakovich a choisi le violon contre l’avis de sa mère. Elle aurait rêvé qu’il fasse un peu de piano. Mieux: qu’il devienne joueur de tennis professionnel. Mais le destin en a voulu autrement. C’est à l’école, tandis qu’il devait choisir un instrument parmi de nombreux présentés pour les classes de musique, qu’il a eu le coup de foudre. «Dès que j’ai entendu le violon, j’ai pleuré, j’ai eu quelques larmes. Il y avait comme un pouvoir magique. Je ne savais pas d’où ça venait, comme si j’en avais déjà joué auparavant.»

Il a presque 7 ans quand il prend ses premières leçons – ce qui est déjà considéré comme tardif. Il progresse très vite, se fait repérer à l’école. Un jour, sa mère envoie une vidéo au festival de Vladimir Spivakov, à Moscou, afin d’avoir un avis extérieur sur son fils. «Ils ont appelé ma mère et lui ont dit, comment devrais-je dire… que j’étais bon… bref, que j’étais exceptionnel.» C’est ainsi qu’à 9 ans, Daniel Lozakovich donne son premier concert avec orchestre, jouant la Méditation de Thaïs de Massenet pour l’ouverture du festival en Russie, sous la direction de Spivakov avec les Virtuoses de Moscou.

Longue quête de professeur

Mais le plus difficile reste à faire: trouver un professeur à la hauteur de cette graine de star. Car le petit est très exigeant. «Je sens tout de suite si ça peut coller avec un professeur ou pas.» Aidé par Vladimir Spivakov, et au terme d’un interminable périple, l’adolescent va choisir Josef Rissin, professeur à Karlsruhe, après avoir été ébloui par l’un de ses élèves entendu en concert, l’Arménien Sergey Khachatryan. «J’avais 11 ans quand j’ai pu enfin le rencontrer. Ce que j’aime, c’est qu’il ne change pas ma musicalité; il me rend juste plus fort.» L’autre mentor qui le suit actuellement, c’est Eduard Wulfson, pédagogue qui enseigne en privé à Genève. Leur rencontre s’est passée il y a un an et demi, au Verbier Festival. Ils se sont tout de suite entendus.

Du reste, le Verbier Festival a été un sacré moteur pour la carrière de Daniel Lozakovich. Accueilli depuis 2014 à l’académie, c’est là qu’il a auditionné pour Valery Gergiev en 2015 (ensemble, ils ont joué le Concerto de Beethoven à Moscou et Saint-Pétersbourg). «Daniel a été touché par une grâce supérieure, explique Martin Engstroem, directeur du Verbier Festival. Il sait ce qu’il veut et il pressent comment gérer sa carrière. C’est difficile d’expliquer pourquoi il a ce talent. Il est déjà parvenu à toucher le public par sa musicalité, par sa personnalité, et pas simplement par sa virtuosité et par ses doigts.»

Genevois depuis trois mois

Pour se rapprocher de son professeur Eduard Wulfson, l’adolescent a choisi de vivre à Genève et de s’inscrire au Collège du Léman. Il veille à ne pas trop donner de concerts, même s’il ne peut pas vivre sans. Il complète sa formation musicale en écoutant la discographie des grands chefs d’orchestre du passé. «Prenez le Mozart de Bruno Walter: ce sens du détail, le son, les phrasés!» C’est justement le 5e Concerto en la majeur de Mozart, l’un des plus radieux, que l’adolescent jouera avec le chef Hartmut Haenchen et l’OSR, de mercredi à vendredi à Genève et Lausanne. Avant de trouver le chef et l’orchestre idéaux pour le Concerto de Beethoven qu’il rêve d’enregistrer!


Daniel Lozakovich, Hartmut Haenchen et l’OSR. Me 7 et ve 9 décembre à 20h au Victoria Hall de Genève. Je 8 à 20h15 à Beaulieu à Lausanne. www.osr.ch

Daniel Lozakovich chez Deutsche Grammophon

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