Événement

Daniel Rossellat lance l'idée d'une Capitale culturelle suisse

Un projet inspiré des Expositions nationales et des Capitales européennes de la culture a été présenté ce jeudi à Berne. Tous les quatre ans, une ville suisse désignée accueillerait des manifestations artistiques et autres festivités

Bâle, La Chaux-de-Fonds, Lugano, Lucerne, Coire… Beaucoup de villes, grandes ou petites, pourraient devenir, à tour de rôle, Capitale culturelle suisse pour une année. Le projet, à la croisée des Expositions nationales et des Capitales européennes de la culture, a été présenté jeudi à Berne.

S’appuyant sur une étude académique, l’Association Capitale culturelle suisse et son président Daniel Rossellat défendent un label censé créer une dynamique positive pour le développement d’événements culturels et d’infrastructures, voire permettre à la ville désignée de «se réinventer», comme certaines porteuses du titre européen ont pu le faire. Il reste encore du chemin à parcourir avant la désignation probable de la première capitale culturelle helvétique. Prochaine étape, en mai 2017: réunion avec l’Union des villes suisses pour sonder les principales concernées.

«La fin d’un cycle»

«Si les communes ne manifestent aucun enthousiasme, il sera difficile d’aller plus loin», dit Daniel Rossellat. Le syndic de Nyon et président du Paléo Festival a commencé à se poser des questions à l’issue de l’Expo.02 dont il était responsable des événements. L’idée d’une capitale culturelle suisse s’est concrétisée dix ans plus tard, renforcée, d’une part, par le succès de projets similaires à travers le monde, et, d’autre part, par la polémique sur l’Exposition nationale, jusqu’au refus populaire en Suisse orientale du projet 2027.

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«L’Exposition est une expérience passionnante, mais je trouve dommage qu’on parle d’argent du début à la fin au lieu de s’intéresser au contenu. A se demander aussi si ce n’est pas la fin d’un cycle, si les pavillons pertinents au début du siècle passé le sont encore, explique Daniel Rossellat. Cela dit, l’Expo reste un important événement national et la Capitale culturelle pourrait être complémentaire sans remettre en question la formule actuelle.»

Vision à long terme

Moins onéreux et plus fréquent, l’événement se déroulerait tous les quatre-cinq ans avec les mêmes enjeux, la cohésion nationale et le dialogue culturel. Mais l’accent sera mis sur la vision à long terme, de façon que les traces subsistent après la manifestation. «Ce serait une opportunité pour les villes d’améliorer ou développer leurs infrastructures, mais aussi de valoriser les artistes locaux, souvent méconnus, dit Daniel Rossellat. Les jeunes Suisses se sentent davantage unis par la culture anglo-saxonne que helvétique. Les Romands auront de la peine à citer un artiste alémanique, à part peut-être Stephan Eicher.»

Les critères de la sélection doivent encore être affinés mais le concours sera ouvert aux villes de toutes tailles, voire à des régions. Seule restriction: prouver sa capacité de porter l'événement et disposer d'un budget d'exploitation de 10 millions de francs suisses minimum. La part du soutien fédéral reste à définir, mais un financement incitatif peut suffire, comme le montre l'exemple européen. Mathias Rota, adjoint scientifique à la Haute école de gestion Arc et l'auteur de l’étude sur le projet, financée par la Haute-école de Suisse occidentale, précise: «L'Europe investit 1,5 million par lauréate. La médiane du budget d'exploitation est de 30 millions d'euros. Et le titre débloque souvent les fonds privés. Il y a des investissements plus importants sur lesquels on se pose moins de questions.»

Premières candidates?

Le concept séduira-t-il les villes, premières intéressées? Mathias Rota se dit confiant: les personnalités des milieux politique et culturel suisses, consultées, se sont montrées enthousiastes, le programme marche en Europe et en Grande-Bretagne, les retombées sont plutôt positives, surtout pour l'image des villes et leur attractivité touristique. «Cela a permis à certaines de dépasser leur réputation. Derry, première Ville britannique de la Culture, a pu se défaire ainsi du passé lié au conflit nord-irlandais. En Suisse, il y a sûrement des villes qui souffrent de leur image.»

D'autres candidatures pourraient venir des communes qui ne pourraient pas se permettre l'événement aussi grandiose que l'Exposition nationale. Interrogée dans le cadre de l'étude, la conseillère communale luganaise Giovanna Masoni Brenni, à titre personnel, a avoué qu'il serait magnifique de voir Lugano en Capitale culturelle. Le pendant helvétique serait aussi une consolation pour certaines villes suisses intéressées par le titre européen auquel elles ne peuvent pas prétendre.

Quid du gouffre financier ou du fiasco? Daniel Rossellat pondère: «Si vous réunissez plein de gens pour un repas, il y a toujours le risque d’une fausse note. Mais c’est aussi la chance, pour les villes, de se profiler avec un projet qui détonne. Cela fait le charme de la vie, n’est-ce pas?»

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