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Un quatuor original pour le Trio de Schubert: François Guye (violoncelle), Claire Dassesse (violon), Lysandra Van Heesewijk (danseuse) et Natan Bouzy (danseur) interviennent dans «Return to Nothingness», de la chorégraphe Natalia Horecna.
© David Wagnières

Ballet

Danse avec les instruments à l’ODN

Pour le dernier spectacle du Grand Théâtre, deux chorégraphies s’appuient sur des musiciens qui jouent en direct avec les danseurs. Impressions sur l’exercice 

«Savourez la chance que vous avez d’être accompagnés par des musiciens de cette qualité, en chair et en os!» Quand Philippe Cohen présente sa troupe de danseurs au trio qui attend les indications de chorégraphie pour la première répétition, il insiste: «Vous ne revivrez pas ça souvent.»

La musique «live» n’est pas courante dans le domaine chorégraphique. Les enregistrements sont majoritairement utilisés dans les ballets. Pourquoi? Employer un orchestre est beaucoup plus onéreux que diffuser un disque. Il faut payer et planifier les musiciens et le chef sur plusieurs représentations, avec les répétitions. Mais parfois, la vie l’emporte.

Le directeur du ballet du Grand Théâtre rêvait depuis trois ans à la double création qui clôt la saison. La relation intime entre musiciens et danseurs lui tenait à cœur. Elle a évolué avec le temps, en fonction des transformations de décor et de concept apportées par les chorégraphes.

«Vertige romantique»

Quatre musiciens porteront ainsi les œuvres réunies sous la bannière de «Vertige romantique». Ils joueront en fosse légèrement surélevée sur le devant du plateau. Dans Fallen, Andrew Skeels a élu le piano seul et le chant accompagné, dans des œuvres de Schumann et Tchaïkovski. De son côté, Natalia Horecna a bâti Return to Nothingness sur le fameux Trio de Schubert.

Le pianiste Sergueï Koudriakov est présent sur toutes les œuvres de la soirée, et la mezzo-soprano Irina Shishkova chante cinq mélodies de Tchaïkovski. Pour l’autre versant du programme, François Guye est au violoncelle et Claire Dassesse au violon dans le trio.

Que représente, pour ces deux instrumentistes issus de l’OSR, l’implication sur scène dans un spectacle chorégraphique? La jeune violoniste vient d’intégrer les rangs de l’orchestre: «C’est une grande première.» Mélanger les pratiques artistiques «donne un tout autre aspect au travail, et l’enrichit. Cela apprend des postures et des façons très différentes d’appréhender la musique. Et cela crée des liens très intéressants.»

Lien visuel

Le mouvement et le rythme sont évidemment fondamentaux pour l’harmonisation des corps et des instruments. Chacun doit adapter son allure, comme dans une partition de chambre, mais pour deux disciplines différentes.

Natan Bouzy, 25 ans, danse depuis six saisons au Grand Théâtre. Il a connu l’aventure de Carmina Burana avec l’OSR et le chœur maison, surélevés en fond de plateau. Pour lui, la musique live est «très inspirante». «Cela nous oblige à nous accommoder sans cesse et instantanément, non seulement avec l’interprétation musicale en direct, mais aussi à l’occasion des différentes soirées. Chaque soir est nouveau. Cela n’a rien à voir avec les enregistrements toujours identiques qu’on intègre pendant des mois à la microseconde.»

Une particularité que Lysandra Van Heesewijk, 23 ans et depuis quatre ans à Genève, apprécie particulièrement. «Le contact et l’échange sont très touchants. Dans le cas de ce spectacle, le pianiste est le référent. Il fait le lien visuel, car le violon et le piano sont dirigés vers la salle pour des questions acoustiques.»

Métier et technique

L’interprétation en direct pourrait s’avérer déstabilisante. Mais le métier et la technique permettent de maintenir la distance nécessaire. «L’équilibre émotionnel dans l’interprétation est une question très délicate», révèle François Guye, tout récemment parti à la retraite de l'OSR, mais toujours très actif musicalement. «D’un côté, on cherche à être au plus près des sentiments. Mais de l’autre, il ne faut pas se laisser envahir ou dépasser par l’affect, pour conserver le contrôle du jeu. Je me souviens d’un cours de la soprano Elisabeth Schwarzkopf. Elle s’était juré de ne plus se laisser gagner par l’émotion après avoir pleuré en scène. Son maquillage dégoulinait sur son visage… Paradoxalement, elle me demandait d’être plus expressif physiquement.»

Lysandra se félicite de ne pas être en scène dans les passages qui l’émeuvent. «Je peux me laisser aller à mon ressenti dans les coulisses.» François Guye et Claire Dassesse sont, eux, totalement impliqués dans leur jeu. La violoniste y livre «des sensations et des pensées» très fortes et contrastées, sans «images ou histoire à raconter nécessairement». Le violoncelliste plonge dans les tourments et le «miracle du langage» de Schubert. Les danseurs, eux, se laissent porter par une forme de communion artistique.


ODN, les 28, 29, 30 juin, 1er, 3 et 4 juillet. Renseignements: 022 322 50 50, www.geneveopera.ch.

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