DANSE

La danse, le terrible poids de la légèreté

Marthe Krummenacher, Perrine Valli et Tamara Bacci racontent leur parcours de danseuses entre obsession de perfection, coups de fatigue et déception. Dalida et Spiderman viennent en renfort.

La danse, cet art si aérien qui pèse pourtant si lourd sur ses pratiquants… Ce n’est pas une découverte: on sait que derrière chaque danseur se cache une montagne de sacrifices et de douleurs. Que le corps ne peut pas supporter l’assiduité d’efforts à laquelle la danse le soumet. Qu’il y a usure, forcément, blessure et épuisement.

La chose est connue, donc. Pourtant, Laissez-moi danser touche de manière particulière. Sans doute parce que Perrine Valli, Marthe Krummenacher et Tamara Bacci ne parlent pas que de l’artiste aux prises avec son obsession d’excellence. Les trois drôles de dames parlent aussi du féminin, de cet idéal de maîtrise et de perfection qui continue de canaliser les aspirations des femmes, de baliser leur chemin.

Laissez-moi danser commence avec des saluts. Et finit avec Dalida. Dans les deux cas, c’est un adieu, une manière d’avorter toute tentation de romance, toute volonté de mystification. Tamara Bacci et Marthe Krummenacher sont claires: avec ce travail pour lequel elles ont sollicité la vista de Perrine Valli, elles souhaitent raconter leur histoire intime, la mettre en lumière.

Auparavant, les danseuses ont déjà brillé – et avec quel talent! – chez Forsythe, Béjart, Gilles Jobin, Cindy Van Acker, Thomas Lebrun, etc., mais cette fois, elles parlent plutôt des zones d’ombre. De ces coups de trac ou de fatigue combattus par la présence imaginaire d’un super-héros – Spiderman pour Tamara. Ou de ce tutu classique que Marthe, pourtant si belle danseuse mais refoulée à un concours de ballet, n’enfilera jamais. Sur la musique de Roméo et Juliette de Prokofiev, Perrine Valli assemble ces éléments avec son sens raffiné de la construction. Et ajoute la lecture de son journal intime où elle raconte sa propre inféodation.

Un journal dans lequel se trouvent ces superbes paroles maternelles: la danse ne doit pas asservir les élèves, mais les libérer. La danse doit pouvoir accepter un corps qui se développe, une sensualité. Ces propos, ajoutés à la violente séquence du corps hoquetant, plaident pour l’avènement d’un féminin décomplexé. Un enseignement, puissant, qui va au-delà du seul geste dansé.

Laissez-moi danser , adc-Salle des Eaux-Vives, Genève, jusqu’au 27 avril, 022 329 44 00, www.adc-geneve.ch

Publicité