Spectacle

La danseuse Perrine Valli dévoile ses nuits magnétiques à Genève

L’artiste franco-suisse s’inspire du peintre américain Edward Hopper. Sa nouvelle pièce, «Une Femme au soleil», séduit et trouble à la Salle des Eaux-Vives à Genève

Critique: «Une Femme au soleil» à la Salle des Eaux-Vives à Genève

Les nuits magnétiques de la danseuse Perrine Valli

«C’est un spectacle qui donne envie de faire l’amour, vous ne trouvez pas?» commente un connaisseur à la sortie d’Une Femme au soleil. Euh… bafouille le soussigné, rougissant soudain dans le brouhaha de la Salle des Eaux-Vives à Genève. La nouvelle création de la danseuse et chorégraphe franco-suisse Perrine Valli fait de l’effet. L’artiste, 35 ans, dit s’être inspirée notamment de certaines toiles d’Edward Hopper, ce peintre américain dont les personnages expriment le spleen des villes, mélange d’absence et d’attention. Ce qu’elle et ses trois camarades danseurs parviennent à créer relève du bain de soleil, mais dans la nuit. Dans son fauteuil, on éprouve leurs pulsations, lavé par le va-et-vient d’une vague maritime, celle que le musicien genevois Polar a conçue pour l’occasion.

Tout n’est certes pas abouti dans Une Femme au soleil. Certaines transitions paraissent décoratives. Le tableau menace parfois de tomber dans l’imagerie, un érotisme adolescent – mais pourquoi pas, au fond? Est-ce alors un effet de cela? La pièce s’étire inutilement. N’empêche que Perrine Valli possède un pinceau qui lui ressemble, délicat et décidé, voluptueux et terrien. Mieux, elle sait tempérer son lyrisme.

La force de Perrine Valli, secondée par la décoratrice Claire Peverelli et l’éclairagiste Laurent Schaer, est de composer un sas sensoriel, seuil où le désir se libère en une signalétique qui confine tantôt à l’abstraction, tantôt au poème érotique.

Mais fermez les yeux un instant. Rouvrez-les sur le ressac rythmique de Polar. Et laissez-vous faire. Dans le noir, vous distinguez deux silhouettes de libellule – Perrine Valli et Marthe Krummenacher – chacune captive d’un carré de lumière, chacune entraînée par la cascade musicale, continuum ourlé de douceur; chacune encore rivée au sol. Le mouvement est ailleurs, dans le bassin, dans le buste, dans des bras qui miment une chasse, qui indiquent une direction; dans une ondulation générale qui paraît suspendre la course des horloges. Puis vient l’acmé, cet instant où elles deviennent aquatiques, étalées sur le sol comme l’ondée sous une lame orangée. Ainsi va le premier acte: l’attente chez Perrine Valli est un périple intérieur.

Mais voici qu’un homme se glisse dans les ténèbres, un géant dont vous devinez bientôt le pantalon jean. Lui, c’est le danseur Sylvère Lamotte. Il tourne autour de Marthe Krummenacher, l’élève à hauteur d’épaules, la porte à l’horizontale. On la dirait en apesanteur, aspirée par une nappe sonore cosmique. Marivaudage? Oui, velouté, suspendu, onirique.

En 2012, Perrine Valli signait, à la Salle des Eaux-Vives déjà, une pièce intitulée Si dans cette chambre un ami attend, d’après la poétesse Emily Dickinson. Une Femme au soleil est une forme de suite. Voyez la jeune femme, elle rejoint son camarade Gilles Viandier; ils se délestent de leur t-shirt; elle se love dans son dos. Deux arcs bandés, dirait-on. Mais on arrose à présent le sol. C’est la voie lactée alors pour quatre solitaires magnétiques. Ils se séparent, se couchent sur le dos, comme sur un transat, à distance, caressés par le feu pâle d’un projecteur. C’est un tableau de Hopper.

Faire l’amour, alors? Chut. Dans la chambre un ami attend, qui sait.

Une femme au soleil, Genève,Salle des Eaux-Vives – Association pour la danse contemporaine; jusqu’au 25 avril, relâche lundi et mardi; loc. www.adc.geneve.ch

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