Un tableau, en général, on le toise. En coup de vent, ou plus sérieusement. Planté devant la toile, on l’observe, la tête légèrement penchée, les bras croisés, avant de décider si on l’aime ou si on la déteste. Et si on la dansait, plutôt?

Vivre l’art en mouvement, c’est l’expérience surprenante que propose la chorégraphe italo-tessinoise Elena Boillat. Sélectionnée lors d’un appel à idées national, son installation interactive Mimesis Museo Danza sera présentée cette semaine à la Fête de la danse, à l’Arsenic de Lausanne, à la Schule für Kunst und Design de Zurich, en passant par une galerie neuchâteloise. A chaque fois, le concept est le même: le public est invité à passer quinze minutes seul devant un tableau, puis à extérioriser les sentiments qu’il lui évoque.

L’émotion l’emporte

L’idée d’Elena Boillat est née d’une simple observation: «Je me rends souvent dans les musées et j’ai constaté que la plupart des visiteurs passent moins de deux minutes devant une œuvre. Or, on a besoin de temps! J’ai voulu créer un espace où l’on pourrait s’allonger, prendre le temps de la regarder, avec les yeux mais aussi avec le reste du corps.»

Comme on imagine assez mal se rouler par terre devant un Magritte et un rang de visiteurs interloqués, Elena Boillat a conçu un petit espace fermé, blanc immaculé. Au mur, il y a une œuvre créée spécialement pour l’occasion – colorée et abstraite de préférence, pour laisser plus de place à l’interprétation – et, au sol, un dessin tout en lignes et en couleurs, comme un tapis de jeu engageant. Grâce à une petite caméra, la chorégraphe peut suivre en direct les mouvements du participant. Lui, casque sur les oreilles, se laisse guider par la voix d’Elena Boillat. Sur un fond sonore, elle l'accompagne dans l'exploration de la danse libre, basée sur l’expérience sensorielle plutôt que la technique. «Je commence par poser une série de questions. Par exemple: quel est l’élément du tableau que vous remarquez en premier? Et on part de là. Au bout d’un moment, il se détend et répond avec son corps.»

Après, c’est l’émotion qui l’emporte, et les danseurs amateurs deviennent eux-mêmes créateurs: «Certains bougent beaucoup, d’autres juste une main, se plaçant plus ou moins proche de l’œuvre. Contrairement au musée classique, ici tout est permis! J’aime quand les gens ferment les yeux: je sens alors qu’ils sont libres dans l’espace, profondément connectés avec eux-mêmes et avec l’objet», détaille Elena Boillat.

Promeneur et voyeur

Inviter le grand public à s’initier aux joies chorégraphiques dans des lieux délicieusement improbables, c’est un peu l’ADN de la Fête de la danse. Cette 14e édition promet, du 1er au 5 mai, des performances, pièces et cours dans 36 communes et villes de Suisse, avec de nombreuses occasions d’entrer soi-même dans la danse.

En se laissant happer par les avions et autres cocottes en papier d’Origami landscapes – Pipóka, qui virevolteront et, en atterrissant dans vos mains, vous appelleront à faire de même à Genève. A Porrentruy, Jonction, un projet participatif et transfrontalier, verra les Jurassiens et les habitants de la commune française de Belfort se lier par une ronde assortie de tiges de verre sur la place du Marché. A Lausanne, un parcours conçu par la Cie Nicole Seiler invitera à la promenade sonore tandis qu’au Musée d’Yverdon, le curieux se transformera en voyeur avec Mire, de la chorégraphe Jasmine Morand: un cube blanc où se meuvent 12 danseurs nus qu’on observe au travers d’un miroir, ou de fentes percées dans les cloisons.


Mimesis Museo Danza. A l’Arsenic (Lausanne), je 2 et ve 3 mai de 18h à 22h. A la Schule für Kunst und Design de Zurich, sa 4 de 14h à 18h. A l’Espace Nicolas Schilling et Galerie de Neuchâtel, di 5 à 14h.

Fête de la danse, dans toute la Suisse du 1er au 5 mai. Programme: www.fetedeladanse.ch