C’était en janvier, les images d’un Japon dévasté ne tournaient pas en boucle dans nos têtes. Nous apprenions que la Maison de la littérature à Genève (MLG) organiserait, du 16 au 19 mars, des Journées consacrées aux écrivains haïtiens, quatre jours pour découvrir – ou retrouver – des auteurs d’exception. Quatorze mois après le séisme qui a déchiré Haïti, Le Temps a voulu s’associer à l’événement.

Nous avons demandé à Dany Laferrière d’être le rédacteur en chef du Samedi Culturel. Parce que nous admirons son œuvre. Parce qu’il est autant écrivain que journaliste, comme en témoigne Tout bouge autour de moi, son dernier livre (lire le Samedi Culturel du 7 janvier). Il y dit comment un peuple chante la nuit, après la fureur de la terre – une secousse d’une magnitude de 7,3. Consolation, retrouvailles, renaissance. L’écrivain a le deuil lumineux. Il débusque la vie telle qu’elle ne se résigne pas.

Dany Laferrière a conçu le sommaire de ce numéro, en collaboration avec notre envoyé spécial en Haïti Arnaud Robert. Il a ensuite commenté chaque sujet. Dans ses commentaires – vous les trouverez entre de gros guillemets dorés, en marge de chaque article – s’exprime une conviction. L’art ne donne pas un sens aux ruines. Il en conjure l’effroi, il donne une forme au deuil. Il autorise une reconstruction – de soi, du monde. Il est l’expression d’une nécessité: tenir debout, dans l’intelligence des matières, même quand les charognards menacent.