Qu'est-ce qui différencie un bon film de superhéros comme Batman le défi (1992) de Tim Burton ou Spider-Man (2002) de Sam Raimi d'un mauvais comme Daredevil? Certainement pas la nature des personnages, condensé de traumatismes freudiens: ils sont presque toujours orphelins et victimes d'une sexualité de grands refoulés.

Daredevil, personnage aveugle qui a surdéveloppé ses quatre autres sens, n'échappe pas à la règle. Un rôle parfait pour Ben Affleck, qui ne s'était jamais manifesté par un regard particulièrement expressif (cf. Pearl Harbor). Aveugle donc, le voilà parfait. Son écrin lui-même, film boursouflé d'effets, encourageant ses poses de pachyderme en pyjama rouge.

En 1992, Burton avait réussi à injecter son grain de folie dans Batman. L'an dernier, Raimi avait transfiguré l'homme-araignée en l'humanisant. Rien de tel dans Daredevil. Jusque-là, Mark Steven Johnson ne s'était illustré qu'en scénariste des Grincheux 1 et 2, comédies gériatriques avec Jack Lemmon et Walter Matthau. Le studio s'est-il trompé de nom en lui confiant Daredevil? Ou a-t-il cherché un tâcheron corvéable?

Daredevil, de Mark Steven Johnson (USA 2002), avec Ben Affleck.