Cinéma 

«Darkest Minds: Rébellion»: au plus sombre de l’esprit, la fleur bleue

Une jeune télépathe et ses amis mutants tracent leur route vers la liberté dans ce qui marque le début d’une nouvelle dystopie adolescente mêlant castagne héroïque et mélasse sentimentale

La franchise fondatrice, Hunger Games (2012-2015), a fini en eau de boudin. Divergente (2014-2016) n’a pas réussi à aller jusqu’au quatrième et dernier épisode. Le labyrinthe (2014-2018) n’a jamais trouvé la sortie. Les âmes vagabondes (2013) est mort-né, tout comme The Giver (2014). On croyait que la dystopie adolescente en quatre épisodes, ce genre qui a fait beaucoup de tort au cinéma ces dernières années, avait fait long feu. Hélas! Voici que Darkest Minds se profile…

Un jour, à l’école, les prunelles de la petite Ruby ont rougeoyé et une fillette blonde est morte dans une sorte de crise d’épilepsie paranormale. Ruby fait partie des 2% d’enfants américains ayant survécu à une mystérieuse épidémie au prix d’une mutation. Elle a le don de violer l’esprit d’autrui. Elle fait subir à ses parents un lavage de cerveau pour leur épargner le chagrin d’avoir une fille différente et se retrouve en camp de concentration. Les moins dangereux de ces X-Boys & Girls, soit les boostés du QI, les conducteurs d’électricité et les télékinésistes, se retrouvent aux travaux forcés. Les télépathes et les pyrokinésistes sont éliminés.

Autorités terrifiées

De la petite fille paralysée de Stalker qui déplace un verre par la pensée dans le film de Tarkovski à Charlie, la gamine qui déchaîne le feu par la pensée chez Stephen King, l’enfant mutant est un beau thème de la science-fiction. Tiré d’une série de romans pour jeunes adultes d’Alexandra Bracken, mis en scène par Jennifer Yuh Nelson, qui s’est fait la patte sur Kung Fu Panda 2 et 3, Darkest Minds: Rébellion s’ébauche sous des auspices prometteurs en opposant les peurs, celle de Ruby, effrayée par son pouvoir, et celle des autorités, terrifiées par cette force montante.

A 16 ans, Ruby parvient à s’évader du camp. Elle taille la route avec trois autres mutants: Liam, télékinésiste, Chubs, l’intellectuel du groupe, et la petite Zu, qui porte des gants de caoutchouc pour ne pas électrocuter tout ce qui passe à sa portée. Traqués par les membres d’une Ligue énigmatique et une chasseuse de primes, ils trouvent refuge dans un camp sylvestre de mutants, dirigé par Clancy, un adorable blondin, fils du président des Etats-Unis qui plus est.

Combattant aguerris

Au moment où Liam ressent les affres de la jalousie et qu’on commence à se méfier de ce chic type de Clancy, Darkest Minds a déjà dérapé depuis longtemps dans les clichés du genre. D’enfants perdus, Ruby et les autres se changent vite en combattants aguerris, démontrent des facultés héroïques tout à fait sublimes. Ces parias de toutes les couleurs revendiquent leur différence («N’aie jamais honte de ce que tu es», prêche le chef) et leur appartenance à une famille, le leitmotiv du cinéma hollywoodien.

Ruby est finalement promue cheffe de guerre. Dans un stade bourré de mutants juvéniles, elle lève sa main orange, la couleur du clan des télépathes. Suivez mon étendard et je vous mènerai vers des matins nouveaux où l’humanité sera une grande famille. Métaphore de la nécessaire révolte contre l’ordre parental, Darkest Minds: Rébellion devrait séduire les adolescents qui s’étonnent d’être nés si géniaux de parents aussi médiocres.


Darkest Minds: Rébellion (The Darkest Minds), de Jennifer Yuh Nelson (Etats-Unis, 2018), avec Amandla Stenberg, Harris Dickinson, Miya Cech, Skylan Brooks, 1h45.

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