Les Inrockuptibles. 25 ans d’insoumission,Flammarion, coll. Pop Culture, 495 p. Env. 66 fr.

Une anthologie couvrant vingt-cinq ans de furtives et durables histoires musicales, cinématographiques, littéraires ou sociales. L’ex-fanzine bimestriel français devenu mensuel puis hebdomadaire poursuit le travail de valorisation de ses archives en fouillant la mémoire lexicale et visuelle de 860 numéros. Cette classieuse rétrospective courant de 1986 à 2011, composée notamment de quelque 150 entretiens marquants et pléthore de chroniques artistiques, voit défiler un véritable who’s’who culturel: Gainsbourg ou Velvet Underground, Dylan ou Françoise Hardy, Pierre Bourdieu ou Jacques Derrida, J. G. Ballard ou Marguerite Duras, Godard ou Wong Kar-wai, Moebius ou Art Spiegelman. Autant de figures un jour émergentes et désormais phares. Une source précieuse. ■ Noir Désir. Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien, 2 CD et 1 DVD, Barclay/Universal. Env. 35 fr./MP3, 24 fr.
Emprunté aux couplets de «Tostaki», le titre de ce best of de Noir Désir scelle un chapitre du patrimoine rock francophone. D’autant qu’il s’est sans doute mué en slogan d’une génération pétrie de désenchantement. Ce tour du propriétaire en 36 titres parus entre 1987 et 2001, dénué d’inédits hormis côté archives visuelles de concerts et personnelles, ne revêt donc qu’une fonction cathartique pour passionnés ou pédagogique pour dilettantes. Un an après la dissolution officielle de l’emblématique quatuor bordelais, ce chant du cygne scinde le répertoire en deux volets: le premier est dédié à la discographie originale, le second aux reprises (Brel, Brassens, ­Bashung, Beatles, Ferré, King Crimson), remixes (par Tiersen ou Sloy) et duos (avec Brigitte Fontaine, les Têtes Raides). Rideau donc, hélas, sur un groupe d’une rare intensité. ■ Rock Strips. Come Back, sous la direction de Vincent Brunner, Flammarion, 210 p. Env. 44 fr.
Après un premier volume réussi paru il y a deux ans conviant 33 illustrateurs, le journaliste Vincent Brunner fédère à nouveau une trentaine de dessinateurs/scénaristes qui croquent des héros de la grande saga rock’n’roll. Une courte biographie, une discographie sélective et une playlist introduisent toujours chaque figure dépeinte. Des portraits classieux de Roxy Music, Suicide, Alice Cooper et Tom Waits par Loustal au délire acerbe de Charb évoquant Mötley Crüe, via Frederik Peeters saisissant l’enregistrement de l’album Red de King Crimson, ou Catel & Paringaux s’attardant sur un Gainsbourg soumis à la question astrologique par Françoise H. On sourit souvent. Comme durant l’épisode précédent, les planches restent inégalement inspirées mais valent un coup d’œil. ■ The Beach Boys. Smile Session, 2 CD, Capitol/EMI. Env. 33 fr./MP3, 20 fr.
La sortie de Smile constitue l’exhumation d’une chimère pop. Presque quarante-cinq ans après sa parution agendée, les sessions d’enregistrement de cet album perdu des Beach Boys ont soudain refait surface dans les archives poussiéreuses du label Capitol, qui, logiquement, ne se prive point d’exploiter cet inespéré filon. Une aubaine que la firme a déclinée en trois produits: un coffret de 5 CD, un double trente-trois tours et ce double CD qui offre un bel aperçu de ce qu’aurait pu être cet album inachevé. Suite du luxuriant Pet Sounds (1966) et de son hymne «Good Vibrations» ayant forgé la renommée des Californiens, Smile se voulait une ambitieuse symphonie pop faite d’une infinité de collages sonores et thèmes musicaux. Du cerveau déjà abîmé du démiurge Brian Wilson jaillit alors une œuvre d’une candeur absolue, aux complexités harmoniques délicieusement folles: «Surf’s up» ou «Heroes And Villians». Rien à voir avec Smiley Smile, succédané publié dans la foulée pour faire oublier à Capitol la désillusion (financière) qu’a été Smile. ■ Blues. La discothèque idéale, coffret 25 CD, Sony. Env. 67 fr.
Inutile de lui reprocher ses lacunes: ce coffret n’est pas une histoire du blues au sens anthologique, mais la réunion de vingt-cinq albums originaux puisés dans différents catalogues. N’empêche: il s’en dégage, par la pertinence des choix, une vision remarquablement englobante du blues. Jugez plutôt: Bessie Smith pour les origines, Robert Johnson pour l’aura mythique sulfureuse, Big Bill Broonzy, Muddy Waters, Son House ou Buddy Guy pour les figures tutélaires, Jimmy Witherspoon pour le flirt avec le jazz (le «blues shouter» y dialogue avec Buddy Tate, Buck Clayton, Dicky Wells), Little Richard et Elvis pour la déferlante rock’n’roll, Mahalia Jackson pour les emprunts au gospel, Johnny Winter ou Stevie Ray Vaughan pour la branche blanche, etc. A placer à bonne distance du sapin: on y a inclus l’incandescent Johnny Otis Show de 1971!