JAZZ

Dave Brubeck Quartet. London Flat, London Sharp (Telarc/Musikvertrieb)

Diable de bonhomme! Cent fois condamné à la décrépitude artistique par une critique globalement hostile, cent fois re-né de ses cendres virtuelles. La mort de Paul Desmond en particulier (1977), abusivement présenté comme l'unique responsable de la magie du quartette, était censée sonner le glas d'une aventure au succès populaire dérangeant. Au pays de la simplification, les critiques sont rois. Comment encaisseront-ils cet énième opus brubeckien post-Desmond? Ceux qui ont encore un peu d'oreille devront bien s'incliner. Devant l'étonnante fécondité du compositeur pour commencer: son «London Flat, London Sharp», qui ouvre et baptise très pertinemment l'ensemble du CD, a l'espèce de précipitation contrariée du cultissime «Blue Rondo A La Turk». Devant l'étendue des références auxquelles renvoie le plus naturellement du monde cette poignée de titres, nouveaux ou nouvellement troussés: le décalage caustique de Carla Bley dans l'intro de «The Time of our Madness», le recueillement contemplatif du meilleur Abdullah Ibrahim dans «Steps to Peace», le martèlement têtu de Jaki Byard dans «London Flat, London Sharp» encore, ou les frissons de boogie woogie racé qui secouent l'enjoué «Mr. Fats». Manière de dire que Dave Brubeck se situe, dans l'histoire du jazz, partout et nulle part. Un peu comme ce Dieu dont Brubeck se dit si passionné depuis sa conversion au catholicisme. L'inspiration biblique est d'ailleurs très repérable dans un disque qu'on n'écoute peut-être pas à genoux ni le nez dans le bénitier, mais avec le respect qu'inspire toujours un artiste en accord avec ses convictions.