On doit aux deux légendes David Bowie et Freddie Mercury le mythique «Under Pressure», mis au monde au Mountain Studio de Montreux en 1981. Mais on ignorait que leur collaboration était allée bien au-delà. Aujourd'hui, on découvre que plusieurs titres encore inédits auraient fait partie de leurs enregistrements montreusiens. Et que les copies de ces morceaux appartiendraient à la maison de disques de Queen... ou aux héritiers de Bowie.

Difficile de mettre la main sur ces sésames car «toutes les traces des enregistrements sont restées au studio», explique Thierry Amsalem, ancien partenaire de Claude Nobs, fondateur et directeur de la Fondation du même nom. «Je n’étais pas au courant qu’il y avait des morceaux inédits», affirme-t-il. Un scoop que les responsables du Mountain Studio n’ont pas souhaité confirmer.

J’étais dans le studio avec eux, a révélé Peter Hince. C’était un de ces moments rock’n’roll

La fuite provient de Peter Hince, ancien roadie de Queen qui confiait au Guardian il y a une dizaine de jours qu’un «lot entier de chansons jamais publiées ont été enregistrées» en 1981. Des chansons produites au cours d’une simple jam session entre Bowie et les membres de Queen. «J’étais dans le studio avec eux, a révélé Peter Hince. C’était un de ces moments rock’n’roll. Ils plaisantaient entre eux et jouaient chacune de leurs chansons. Le contenu était assez brut mais original. C’était des musiciens spontanés mais doués.»

Sorti en 1982, le classique «Under Pressure» avait connu un immense succès en arrivant dans le top des charts britanniques. Y aurait-il un conflit d’intérêts sur les droits de ces chansons inédites? Pourquoi garder cette information secrète jusqu’à maintenant? La révélation était en tout cas une surprise pour l’écrivain et historien musical Neil Cossar, qui n’a pas tardé à l’inclure dans son nouveau livre David Bowie: I was there (Red Planet Publishing) sorti mi-juillet.

Un cercle d’amitié musical

Travaillant à l’époque pour la maison de disques Sony à Londres, Bowie décide de s’établir en Suisse pour des raisons fiscales et pour s’éloigner des médias britanniques, plutôt intrusifs. Sony contacte alors Claude Nobs pour lui demander d’aider Bowie à s’installer. Ils développeront de forts liens d’amitié. «Bowie avait beaucoup de respect pour tout ce que Claude avait fait pour lui», raconte Thierry Amsalem.

C’est ici que nos compositions et créations musicales ont été les plus prolifiques

De son côté, le groupe Queen vient également vivre et enregistrer des albums à Montreux pour trouver la tranquillité, l’inspiration et éviter les complications fiscales. Ses membres apprécient l’aspect «joli et calme de Montreux, sans trop d’hystérie». Pour Claude Nobs, il est évident que Bowie et Queen doivent se rencontrer et travailler ensemble. Il les met donc en contact et ceux-ci forment une vraie famille musicale, pour qui le Montreux Jazz Festival et le studio représentent un lieu propice à la création.

Mountain Studio est alors une sorte d’extension du Montreux Jazz Festival – la source même de son existence, qui sera par ailleurs racheté par Queen. «C’est ici que nos compositions et créations musicales ont été les plus prolifiques», rappelle Brian May, guitariste du groupe britannique.

Transformation du studio

Depuis la mort de Dave Richards en 2013, l’ancien manager du studio, l'endroit s’est transformé en musée qui accueille l’exposition Queen: The Studio Experience. Selon David Simpson de la société Marmalade à Londres, «c’est un privilège de pouvoir créer une exposition permanente de Queen à Montreux, sachant que pour le groupe, cette belle et paisible ville de la Riviera suisse était «un sanctuaire» et la source d’une profonde inspiration».

Bowie ne serait jamais venu s'établir en Suisse et n’aurait sûrement pas donné son fameux concert de trois heures au Montreux Jazz en 2002 s’il n’avait pas tissé ces liens avec Claude Nobs, disent des spécialistes musicaux. «Produire de la musique était beaucoup plus simple dans les années 1980, les choses se faisaient plus rapidement. Il y avait moins de compétition et plus de «légendes». Les gens pouvaient commencer leurs carrières facilement. Aujourd’hui, on fait un tube qui cartonne et c’est terminé», conclut Thierry Amsalem.