J’ai souvent dit que le plus grand concert que j’aie vu de ma vie – encore à une collègue la semaine dernière, en commentant la sortie de son album «Blackstar» –, était celui donné par David Bowie au Montreux Jazz Festival le 18 juillet 2002. Ce soir-là, pour sa première venue dans l’antre de son ami Claude Nobs, à quelques encablures des Mountain Studios où il avait jadis enregistré, l’ancien résident lausannois avait décidé de frapper un grand coup.

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L’Anglais défendait alors en tournée l’album «Heathen», un album pop honorable sans être renversant. Dès son entrée en scène, il arbore un large sourire, lui qui quelques années auparavant, à l’Arena de Genève, avait donné un concert très froid – il présentait alors l’album «1.Outside» et s’était glissé dans la peau d’un nouvel alter ego, Nathan Adler. Il dit son plaisir d’être là, et explique que la veille, Fredy Girardet l’a régalé d’une magnifique fricassée de chanterelles. Le concert commence et très vite, entre de larges extraits de «Heathen», il revisite sa carrière. Les cheveux au vent, un ventilateur se dresse à ses pieds, il interprète «Life On Mars», «Ashes To Ashes», «China Girl», «Starman» ou encore «Changes».

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Après 1h30, il revient…

Après une heure trente de concert, il revient pour le traditionnel rappel, qui dure plus que de raison. D’autres tubes y passent, «Heroes», «Let’s dance» et, en guise d’apothéose, «Ziggy Stardust».

On croit le spectacle terminé, on a chaud, très chaud, et on se dit qu’on a assisté à un grand concert. Mais ce n’est pas fini: Bowie revient et annonce qu’il va jouer l’intégralité de l’album «Low», ce disque majeur, aventureux comme l’est aujourd’hui «Blackstar». En 1977, «Low» introduisait sa trilogie berlinoise; suivront «Heroes» et «Lodger».

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Un artiste intouchable, au-delà de tous les superlatifs

En dix morceaux, le Thin White Duke rappelle qu’avec Brian Eno, il a inventé un son nouveau, comme il avait plutôt préfiguré le «glam rock». Après quasiment trois heures de concert, il quitte la scène. Il a tout donné, offert à Montreux un concert unique – il lui est arrivé ailleurs de jouer l’intégralité de «Low», mais jamais après un premier rappel et plus de deux heures de show. Parmi les fans de Bowie, beaucoup disent qu’il a livré ce soir-là une des plus grandes prestations de sa carrière. Je l’ai revu une fois après (à Zurich), je l’avais vu deux fois avant. Mais ce soir-là, il était en effet ailleurs, intouchable, au-delà de tous les superlatifs. Malheureusement, ce concert n’a pour l’heure jamais été édité.