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David Carlier a couvert les Jeux olympiques d’hiver pour Discovery-Eurosport.
© Laurence Rasti

PORTRAIT

David Carlier: objectif grand air

Le photographe genevois revient des Jeux olympiques de Pyeongchang. Il en ramène des clichés vivants et artistiques. Rencontre avec un amoureux de la montagne et de l’image

29 700. C’est le nombre de photos qu’a prises David Carlier aux Jeux olympiques de Pyeongchang. Il jure pourtant qu’il n’a pas recouru à la solution de facilité qu’est la rafale, car «ce n’est plus vraiment de la photo». A Pyeongchang, le groupe Discovery-Eurosport lui avait donné carte blanche pour ses magazines et ses chaînes de télévision. «Une expérience incroyable», raconte-t-il.

David Carlier a posé sa patte aventureuse et artistique sur l’événement le plus photographié du monde. Les regards des hockeyeuses sous leurs masques, la concentration solitaire au skeleton, la grâce des patineurs. Dans ce rythme intense et effréné, il aurait aimé être encore plus près de l’action pour comprendre le mouvement du sportif, l’enjeu derrière l’effort. Par moins 35 degrés de ressenti, alors que ses confrères gelaient dans le froid coréen («la commentatrice d’une chaîne américaine a eu les doigts collés à son micro», se remémore-t-il), David Carlier était dans son élément. Ce Genevois d’origine est un habitué des hauts sommets. Le froid, c’est sa maison.

Un «caméléon»

David Carlier est un photographe ubiquiste, un «caméléon». A 45 ans, il prend des photos de montagne, des portraits. Ses tirages vont du Japon aux Etats-Unis, du paysage à la mode. Rien ne l’effraie, tout lui plaît. Mais c’est la photographie de sport et de montagne qui l’a profilé dans la profession.

Doudoune légère, chemise à carreaux et foulard autour du cou, David Carlier est un montagnard qui a de l’allure. Il vadrouillait encore le matin de notre rencontre sur les hauteurs des Alpes. Il ne se prédestinait pourtant pas à cette carrière. Etudiant, il n’y croyait pas: «Etre photographe professionnel, ça me paraissait impossible.» Le Genevois commence des études en sciences économiques à l’université de son canton. Un jour, il assiste à une conférence de la photographe et écrivaine Ella Maillart, dont il boit les paroles. C’est un déclic. Il part en Chine refaire le voyage de cette femme qui l’inspire. 20 ans, 20 kilos de matériel photo et une irrépressible envie d’aventure.

Sports extrêmes

Retour à Genève et à la raison. Le jeune homme se lance dans le marketing puis le trading. Essayé, pas voulu. La passion reprend le dessus. Il quitte le monde de l’économie et s’installe à Zermatt pour devenir guide de montagne. En ce début des années 2000, il rencontre des passionnés qui inventent de nouveaux sports: freeride, wingsuit, kayak en glacier. L’image qui l’a fait connaître sur le plan international et gagner le concours Red Bull en 2013 capture d’ailleurs le moment unique où un kayakiste se retrouve seul dans le vide d’une chute d’eau vertigineuse. Sa carrière de photographe sera désormais liée à la popularité de ces sports extrêmes. Sa profession lui impose de faire le même effort que les sujets qu’il photographie: gravir par exemple un 4000 mètres dans les Alpes «avec 25 kilos de matériel photo sur le dos», s’amuse-t-il.

Le travail de David Carlier est profondément lié au Valais, même si le photographe est basé à Aubonne. En 2014, il propose au canton, qui cherche à faire la promotion de sa région, un film sur treize Valaisans, leur histoire, leur passion pour la montagne. Il photographie et filme notamment Mike Horn, et réalisera la photo de couverture de sa biographie. Les 13 faces du Valais rencontre un grand succès, qui a contribué à lier son nom aux images de montagne.

Si on lui demande s’il fait encore de la photo juste pour lui, c’est tout sourire qu’il répond oui. Ce qu’il aime le plus, c’est raconter une histoire à travers ses photos. Plus que l’esthétisme, il cherche la force, l’émotion. Capturer non pas un moment mais une vérité dans toute sa complexité. Et s’il affectionne le noir et blanc, c’est pour toute cette part qu’on ne voit pas et qui laisse plus de place à l’imagination.

«Tirages sales»

Quel usage fait-il des nouvelles technologies? Le photographe sourit mais fronce les sourcils: «J’aime les tirages sales, flous, avec du grain.» L’iPhone, «trop net, trop parfait», très peu pour lui. Quant à la retouche photo, ce puriste dit ne s’autoriser que ce qui se faisait en chambre noire.

Malgré toutes ces prises de vue, ces face-à-face, David Carlier ressent toujours le besoin de s’entraîner, par peur de «perdre le truc». Aucune journée ou presque ne passe sans qu’il dégaine son appareil photo. Comme s’il s’y était mis trop tard, il ne se lasse pas de photographier.

Le montagnard a toujours sur lui une photo porte-bonheur, prise à Bombay. C’est un moment volé au bord de l’eau. Une femme, un homme et un aveugle. D’après leur attitude, on peut tout imaginer. «Je me raconte plein d’histoires différentes avec cette photo», confesse-t-il. Et pour lui, c’est justement ça, la photographie.


Profil

1972 Naissance à Genève.

1979 Hérite de son grand-père son premier appareil photo.

1991 Voyage en Chine sur les traces d’Ella Maillart, photographe suisse.

2015 Film «Les 13 faces du Valais».

2018 Photographe aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

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