David Daniels, star planétaire, veut montrer qu'il sait tout faire. Il se trompe. Un contre-tenor ne peut pas chanter n'importe quoi. La mélodie française – malgré ses couleurs diaphanes – requiert un autre type de voix, plus vibrant, plus charnel. Même Mozart lui résiste. C'est dire combien l'Américain s'est aventuré sur un terrain glissant, mardi soir au Grand Théâtre de Genève, lors de son récital avec le pianiste Martin Katz.

On comprend que David Daniels ne veuille pas être enfermé dans le carcan baroque. On comprend moins qu'il s'autorise des prises de risques insensées. Ces Nuits d'été, enregistrées pour le label Virgin, flirtent avec le kitsch. La voix n'a tout simplement pas la chair pour donner corps à la musique de Berlioz. C'est comme si le chant n'était pas incarné.

Les deux lieder An Chloé et Abendempfindung de Mozart, offerts en début de récital, provoquent le même trouble. Quelque chose sonne faux. La voix paraît précieuse. Le malaise se prolonge dans les quatre mélodies de Fauré. On attend avec impatience les airs de Händel.

Timbre fruité et suave

Enfin, la voix colle au répertoire. On peut lui préférer des mezzos plus charnus, mais son timbre fruité et suave s'émerveille dans «Scherza infida», tiré d'Ariodante. Et d'entonner les roulades dans «Vivi tiranno», extrait de Rodelinda, avec brillant et virtuosité. La voix reste malgré tout assez petite – en particulier dans le registre grave qui manque de corps. Le disque, où David Daniels paraît si flamboyant, tend à avantager le chanteur.

Les airs de Purcell sont de la même veine: délicatesse du phrasé (Music for a while un brin précieux), virtuosité enchanteresse (I'll sail upon the Dogstar) et coloration du mot («freeze» dans Sweeter than roses). Ces qualités font de lui l'interprète idéal de Théodore Morrison et de Steven Mark Kohn, compositeurs américains qu'il réserve en bouquet final. Le contre-ténor assume à cent pour cent le caractère sentimental des American songs de ce dernier. La beauté de son organe et la plasticité de la ligne musicale enivrent les sens, là où il paraissait si terne dans Mozart et Fauré.