Fidèle à lui-même, David Greilsammer lance un pari fou pour la saison 2012-2013 de l’Orchestre de chambre de Genève (l’OCG). Outre les neuf concerts d’abonnement, le pianiste et chef annonce une intégrale des 27 Concertos de Mozart. David Greilsammer dirigera lui-même l’intégrale du clavier, à raison d’un concert par mois, jusqu’en août 2013. Le pianiste suisse Gilles Vonsattel et l’Américain Andrew von Oeyen l’accompagnent dans cette traversée pour les Concertos KV 242 et KV 365, mais pour le reste, tout revient au directeur musical.

Mégalomanie? Folies des grandeurs? Le pianiste et chef d’orchestre a conscience que l’enjeu est «monumental». «Nous avons maintenant cette montagne à escalader, on ne sait pas exactement comment on va le faire, mais le pari est lancé!» David Greilsammer a réduit au maximum ses engagements pendant l’été. Il va s’enfermer «dans une cabane», travailler aux concerti. «J’en connais déjà une bonne partie, j’en ai dirigés certains, donc ce n’est pas comme si je partais de zéro», dit-il. Quant aux musiciens, ils auront du pain sur la planche, mais «il y a une continuité dans le style mozartien», comme le souligne un musicien. La Fondation Wilsdorf soutient ce projet grisant, quoique très ambitieux.

Chefs de haut vol invités

Pour les neufs concerts d’abonnement – et selon son credo –, David Greisammer panache les styles et les époques. Au patchwork des premiers concerts (de Monteverdi à Gershwin!) succède une ligne un peu plus unifiée, avec des plats de résistance comme la 7e Symphonie de Beethoven. A chaque concert, une œuvre du XXe siècle (Webern, Henze, Scelsi, Takemitsu…) ou une création contemporaine (les Suisses Michael Pelzel et Ludovic Thirvaudey) apporte une touche de modernité.

Une belle palette de chefs et solistes invités irrigue l’affiche. On citera le «baroqueux» Ivor Bolton (qui dirige régulièrement au Festival de Salzbourg!) et l’Italien Rinaldo Alessandrini. Le contre-ténor Lawrence Zazzo (avec lequel David Greilsammer et l’OCG ont enregistré un CD à paraître chez Sony) et la cantatrice Sandrine Piau promettent des sensations à fleur de peau. Le fabuleux bassoniste Sergio Azzolini, la très douée violoniste Carolin Widmann et le chorégraphe Gilles Jobin (une chorégraphie avec lui-même et deux danseuses sur Shaker Loops de John Adams!) sont attendus.

Avenir incertain

Beau menu, donc. Et pourtant, le climat est un peu houleux à l’OCG. La reconduction du mandat de David Greilsammer (qui court jusqu’en août 2013) est incertaine. Le jeune chef ne fait, semble-t-il, pas l’unanimité au sein des musiciens. Son style de direction d’orchestre serait décrié par ­certains.

David Greilsammer s’est montré ambitieux. Il a pris des risques, tantôt heureux, tantôt excessifs tout en imprimant une ligne originale. Il a élargi le champ des collaborations (avec Antigel, Electron!). Il a sensibilisé le public et su convaincre les sponsors. Lui-même devra sceller son avenir une fois que le conseil de fondation aura pris une décision prochainement.

Saison 2012-2013, www.locg.ch