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Un collage de Polaroid de David Hockney.
© Mark Boster/Los Angeles Times via Getty Images

Livres

David Hockney, ivre d’amour et de peinture

La romancière Catherine Cusset raconte la vie du peintre anglais David Hockney, solaire et sombre, entre les piscines californiennes et les campagnes du Sussex. Une ode à la création, à l’amour et à la vie

C’est un roman sur le plus grand peintre britannique vivant, David Hockney, né en 1937 à Bradford, au nord de l’Angleterre. Celui qui a relancé l’art du portrait se voit à son tour croqué par la romancière française Catherine Cusset, qui ne l’a pourtant jamais rencontré, mais se base sur une importante documentation et l’observation attentive de son œuvre. Si le peintre l’a fascinée et s’est «emparé» d’elle, c’est parce que son destin noue à la perfection «l’amour, la création, la vie et la mort».

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Et peut-être parce que la vie de David Hockney, ce «grand blond dans un costume blanc», ressemble à un roman. Le peintre connaît une ascension fulgurante: devant lui, les portes s’ouvrent. Il ne manque de rien. Sauf de papier, dans l’immédiat après-guerre, lorsque, petit garçon, il aime déjà dessiner. Sa famille est pauvre, mais son père, pacifiste et végétarien, lui apprend l’indépendance. Il doit s’armer de patience pour entrer aux Beaux-Arts de Bradford, mais, une fois qu’il est dans la place, se fait remarquer et enchaîne avec la plus prestigieuse école d’art d’Angleterre, le Royal College.

Son audace

A une époque où seule compte la peinture abstraite américaine, il fait tache. Le figuratif, qu’il aime tant, et la peinture française paraissent démodés? Qu’importe. Un camarade et ami, Ron, lui délivre la clé. «Ce que tu devrais peindre, c’est ce qui compte pour toi. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter. Tu es nécessairement contemporain. Tu l’es, puisque tu vis dans ton époque.» Une leçon simple mais essentielle, qu’Hockney assimile dès ses 23 ans. Son audace sera de s’inspirer de Bonnard, de Vuillard, des antiquités égyptiennes ou de Dubuffet. De peindre des portraits et des paysages, genres tombés en désuétude. De matérialiser par ses couleurs et son trait un érotisme solaire, la sensualité et le désir des corps masculins. De peindre la vie.

L’effet que produit le récit de Cusset est salutaire. C’est un catalyseur, une invite à vivre et à créer

Sa carrière paraît faite, décennie après décennie, d’audace et de liberté, jusqu’à aujourd’hui. Il s’essaie régulièrement à de nouveaux médiums, les explore avec obstination, passe des décors d’opéra au Polaroid, de l’aquarelle à l’huile, et jusqu’à la peinture sur iPad. S’inspirant du cubisme, il remet en question la notion de point de vue dans une image. Pour servir Hockney, à la fois avant-gardiste et classique, l’écriture de Catherine Cusset aurait-elle dû, elle aussi, multiplier les points de vue, les décadrages? Son livre, très plaisant, est-il à la hauteur de son sujet, en un mot suffisamment «contemporain»? L’écrivain pourrait, elle aussi, nous répondre par ces mots: «Je suis nécessairement contemporaine puisque je vis dans mon époque.» 

Une joie inébranlable

L’effet que produit le récit de Cusset est salutaire. C’est un catalyseur, une invite à vivre et à créer. Très jeune, Hockney, ours prolétaire au fort accent du Yorkshire, découvre la liberté et s’ouvre à l’érotisme en lisant Cavafy et Whitman. A New York, à 24 ans, sur un coup de tête, il devient blond peroxydé. Il découvre les clubs gays, la nuit, l’énergie. Entouré d’amis, ivre de fêtes et de travail, il n’a plus peur de vivre, d’aimer. Il n’abandonnera jamais cette liberté. A 29 ans, enseignant en art visuel en Amérique, il tombe amoureux de l’un de ses élèves, Peter, 18 ans. C’est lui qu’il peint dans l’une de ses fameuses piscines, sous le ciel et la lumière californiens, dans un paysage qui allie «l’énergie américaine et la chaleur méditerranéenne».

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Le départ de Peter, quelques années plus tard, l’abîme de tristesse, la solitude où il est plongé, et les nombreuses morts d’amis qui lestent sa vie de gravité, n’entame pas, fondamentalement, sa joie. Toujours, elle s’épanouit dans ses toiles, «oasis de vie, de lumière, d’humanité». Même dans les sombres fusains qu’il produit dans la campagne anglaise. Il procède par alternance: soleil et nuit, bonheur et tragédies, Angleterre et Amérique. Sa vie et son œuvre reflètent l’ondulation de nos vies, jamais fixes. Comme les vagues dans une piscine, après que l’amant a plongé ‒ un de ces instants fugitifs, de beauté et de grâce, que le peintre aura sauvés de la mort.


Vie de David Hockney
Catherine Cusset
Récit
Gallimard, 183 p.

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