Les murs gris donnent un petit air d’austérité aux travaux de David Hominal, qui occupent les deux ailes réservées aux expositions temporaires. L’accrochage du Musée Jenisch, suffisamment aéré, permet toutefois à chaque pièce de résonner. On trouve là des objets en bronze édités par le centre d’art contemporain Circuit, à Lausanne, des lithographies et des xylographies, des sérigraphies épurées, des carnets de travail griffonnés et maculés, des signes et des pétales, des images floues entraperçues «à travers les fenêtres» de l’atelier (images sérigraphiées de la série Through the Windows) et une main qui, glissante et tâtonnante, se promène sur les surfaces à sa portée et les sols mouchetés (le film L’après-midi d’un faune).

Le point commun de ces pièces, où prédominent les estampes, suivant le concept de cette exposition dédiée au travail du peintre dans les marges de sa pratique, pourrait être la trace, exploitée et étendue jusqu’au tracé. Les ombres en effet traversent la page, ne semblent s’y arrêter que pour mieux poursuivre leur chemin, témoins de la recherche d’une réalité qui se dérobe. Les lettres forment des mots et les déforment. Les chiffres eux-mêmes – qu’y a-t-il de plus sûr, de plus stable, que les chiffres? – au lieu de se succéder en toute simplicité, se mettent à s’empiler, et à superposer leurs teintes, jusqu’à la confusion. Le gris intervient comme une signature, dès cette première estampe, réalisée dans le cadre des études à l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne), intitulée Think Grey (1998).

Une patte qui s’affirme

«David Hominal, explique Laurence Schmidlin, maître d’œuvre de l’exposition, est avant tout peintre. Il s’y consacre sans réserve. Ses estampes et ses multiples forment comme l’écume de sa pratique picturale.» Centrée sur la gravure et le multiple, cette première exposition monographique accueille donc aussi des peintures, des dessins, des collages. Manière d’illustrer un art de glisser d’une discipline à l’autre, d’un style à l’autre, jusqu’à ce que cette manière, justement, agile et avide, devienne à son tour un style.

Qu’il s’agisse des xylographies monochromes, traversées d’une faille qui inscrit la fragilité au cœur même de la sécurité de l’œuvre, des jeux sur les lettres et sur le sens convertible des mots, de grands dessins au feutre et au marker, de la construction très simple, qui consiste à recourir à la diagonale et à la croix, de maintes compositions, la patte du plasticien, né à Evian voici quarante ans, s’affirme obstinément.

«David Hominal». Musée Jenisch, Vevey, jusqu’au 15 mai. Ma-di 10h-18h (je 20h). www.museejenisch.ch