Exposition

David Maljkovic réveille l’esprit moderne à la Nuit des Bains

L’artiste croate vernit un double accrochage ce soir à Genève. Il évoque la mémoire et l’usure du temps

David Maljkovic réveille l’esprit moderne à la Nuit des Bains

Exposition L’artiste croate vernit un double accrochage ce soir à Genève

Il évoque la mémoire et l’usure du temps

Ce soir à Genève, les Bains reprennent leur quartier. Comme trois fois dans l’année, les galeries d’art contemporain de Plainpalais font vernissage commun. Dans la liste des nouveaux accrochages, David Maljkovic joue l’artiste doué d’ubiquité. Il expose un coup au Centre d’édition contemporaine (CEC), un autre dans l’espace de Marc Blondeau, à la rue de la Muse quelques centaines de mètres plus loin. Dans les deux cas, les œuvres parlent de traces et de mémoire, du brouillage des sens et de l’usure du temps.

Né à Rijeka en 1973, Maljkovic réveille le fantôme de l’esprit moderne. Une invocation sans nostalgie particulière qui s’exprime à travers le collage, les films, le son en utilisant un matériau puisé dans les archives personnelles de leur auteur. Chez Blondeau, l’artiste croate a ainsi repris certaines de ses anciennes œuvres que le marchand d’art possède dans sa collection. «Il suit mon travail depuis dix ans. J’ai trouvé intéressant de reprendre ces travaux qui sont les miens pour en faire de nouveaux». D’où le titre New Collection de cet accrochage-recyclage où les images se superposent les unes aux autres en proposant à chaque fois une nouvelle signification.

Reprendre, refaire, réactualiser: comme lorsque David Maljkovic filmait les métallos à la retraite des usines Peugeot de Sochaux. La vidéo Out of Projection montrait les mécaniciens en train de fabriquer un drôle de bolide. Prototype destiné à une éventuelle production ou véhicule juste délirant? Difficile à dire, David Maljkovic entretenant l’ambiguïté entre passé et futur, réalité et fiction.

Au Centre d’édition contemporaine, changement d’ambiance. Pas d’œuvres aux murs, mais des tables grises réunies sous l’intitulé Negatives. «J’avais fait une expo en 2011 dans ma galerie de Vienne. J’y avais installé un faux atelier et une fausse salle de projection avec une vitre sans tain. A l’intérieur, j’avais disposé des tables mais qui restaient inaccessibles aux visiteurs. Ici, j’ai eu envie de les rendre «réelles.»

Au CEC, il y a donc huit plateaux posés sur des trépieds. Huit plaques de linoléum industriel, du genre qui servent à recouvrir les sols, mais gravées sur leur surface de fines lignes rouges qui se croisent et se chevauchent en formant des motifs de cadres. Manière aussi de rappeler que dans son travail, l’artiste utilise souvent la découpe au cutter et la technique de l’impression. Negatives, ce sont donc des tableaux mais posés à l’horizontale. Si David Maljkovic s’est occupé du dessus, il a demandé à Konstantin Grcic (prononcez «Grigiche») de concevoir le dessous. Gr­cic est designer, travaille à Munich et appartient au top 10 de ces créateurs que les marques de meubles s’arrachent. Pour le projet Negatives, il a imaginé un dispositif en tréteaux inspiré par sa nouvelle ligne Traffic, développée l’année dernière pour l’éditeur italien Magis. Ce qui donne à ces objets un petit côté néorétro très années 30-40. «J’ai pas mal collaboré avec des graphistes, mais avec un designer c’est la première fois, explique Maljkovic. C’est Sprüth Magers, ma galerie de Berlin, qui m’a mis en contact avec Konstantin, dont j’avais une idée de la production. Lui, par contre, connaissait très bien mon travail. On s’est très vite trouvé sur la même longueur d’onde.»

New Collection, jusqu’au 9 mai, 5, rue de la Muse, 022 544 95 95, www.blondeau.ch et Negatives, jusqu’au 16 mai, CEC, 15, rue des Rois, 022 310 51 70, www.c-e-c.ch

Les images se superposent en offrant à chaque fois une nouvelle signification

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