David Suchet, saisi par Hercule Poirot

Après Sherlock Holmes par Jeremy Brett, au tour du héros belge selon David Suchet d’être édité en Blu-ray. Ecrin adéquat pour une aventure télévisuelle d’un quart de siècle

Genre: blu-ray
Qui ? Série créée par Brian Eastman et Clive Exton (1989-2013)
Titre: Hercule Poirot
Chez qui ? Elephant

Des propos touchants. Dans un documentaire accompagnant l’édition en haute définition de la série Hercule Poirot, David Suchet, son interprète, dit que «c’est le rôle le plus important de ma vie»; jusque-là, rien que de très convenu. Puis il précise: «Il a régi ma vie pendant vingt-cinq ans. C’est mon ami invisible, le plus proche, et le meilleur. Ce furent des jours heureux.»

Une séquence se passe sur le tournage de ce qui sera l’ultime épisode, Hercule Poirot quitte la scène. Le héros, en chaise roulante, arrive au terme de son parcours. Sheila Ferris, l’épouse de David Suchet, par ailleurs régisseuse pour le son, glisse en aparté: «C’est un jour difficile, très difficile. Il ressent le personnage au plus profond de lui-même. A chaque minute, c’est un peu de lui qui part.» Au demeurant, on apprend que pour ne pas rester sur la mort du héros, l’équipe a choisi de tourner un autre épisode en dernier. Ce qui n’a pas atténué la douleur de la fin.

Car cette série, à l’origine une démarche de producteurs, a représenté une belle aventure d’un quart de siècle, non sans soubresauts. Repéré par des ­héritiers d’Agatha Christie eux-mêmes, David Suchet s’est plongé dans le rôle. Il raconte avoir dressé une liste de 93 caractéristiques importantes, la première étant «belge – pas français!». La version originale permet de mesurer le travail effectué sur l’accent du héros.

Finalement, l’acteur a incarné l’investigateur comme nul autre auparavant, et d’une manière définitive. Il lui a donné toutes ses facettes, depuis sa constante suffisance jusqu’à ses élans d’empathie pour certaines personnes croisant son chemin. Le physique rondelet est parfait, le crâne aussi, et la moustache se règle en postiche. Evolutive: courte dans les premières saisons, s’allongeant par la suite, à l’instar de la durée des épisodes.

David Suchet a même porté l’entreprise, lors d’une crise au milieu des années 1990, lorsque la chaîne ITV a voulu arrêter le chantier, jugé trop coûteux. L’implication de l’acteur a été déterminante, renforcée par un apport des Américains de A&E. Alors que les figures du départ, le producteur Brian Eastman et le scénariste Clive Exton, ont quitté le bateau en cours de route, David Suchet l’a mené à bon port. Avec 70 épisodes, la collection couvre presque toutes les histoires publiées.

L’édition en Blu-ray rend justice au travail des équipes, quitte à souligner quelques faiblesses dues au manque de moyens dans les premiers temps. Mais le choix de mettre en valeur l’esthétique des années 1930, armoires élancées et lampes en coupelles, a donné une coloration immédiate, une ambiance inédite, que la haute définition scelle à merveille.

Hercule Poirot rejoint ainsi sa série sœur, Sherlock Holmes, qui a aussi eu droit à son édition Blu-ray. La liste des symétries est longue, de l’interprétation ultime de leurs acteurs à leur fidélité aux textes, ainsi que le rôle de la musique dans leurs réussites. Ou, si l’on s’attache au doublage, le talent de Jacques Thébault pour Holmes, Roger Carel pour Poirot, hormis la dernière saison. Mais là où, en raison de la mort de Jeremy Brett, Sherlock Holmes a eu sa fulgurance d’une dizaine d’années, Hercule Poirot a accompagné ses fidèles, avec un David Suchet qui vieillissait, contrairement à son personnage. Jusqu’au bout, jusqu’à ce jour de tournage où à chaque minute, c’était un peu de lui qui partait.