classique

Debussy – Szymanowski, «Pour le piano», «Estampes», etc.

Rafal Blechacz, 26 ans, célèbre le compositeur français qu’il juxtapose à Karol Szymanowski

Genre: classique
Qui ? Debussy – Szymanowski
Titre: Pour le piano, Estampes, etc.
Chez qui ? (Deutsche Grammophon/Universal)

Avec ce nouveau disque, Rafal Blechacz, 26 ans, s’affirme avec plus de cran que dans ses enregistrements précédents. On a toujours apprécié la finesse du pianiste polonais, cette élégance qui rendait à Chopin sa pureté d’âme et sa veine princière (les Préludes Op. 28). On a pu regretter un style trop lisse et maîtrisé parfois, en particulier dans son CD consacré à Haydn, Mozart et Beethoven. Ce disque qui croise l’art de Debussy, dont on célèbre le 150e anniversaire de la naissance, et de Karol Szymanowski, compositeur polonais, le montre plus fougueux et enclin à prendre des risques.

Ce qui n’empêche pas une certaine sécheresse. Rafal Blechacz joue Debussy avec un refus de toute brume. L’utilisation de la pédale est parcimonieuse; tout est clair, avec une touche de rubato presque chopinien par instants. Ce qu’il manque, c’est une dose de sensualité. Est-ce dû à son toucher, à sa technique pianistique très «digitale» (on n’y trouve pas le poids ou le gras d’un Claudio Arrau) ou à une prise de son clinique?

C’est frappant dans la première pièce du recueil Pour le piano («Prélude»). Il y a un bel élan, mais le son paraît un peu mat et étriqué. La «Sarabande» est très bien réalisée – une fine étude de timbres – et la «Toccata» est ciselée au scalpel, avec des effets d’accumulation du son. Rafal Blechacz adopte des tempi allants pour Estampes. Il cherche à faire avancer le discours, bouscule le débit dans «Soirée dans Grenade» plus torride et nerveux qu’évocateur. «Jardins sous la pluie» impressionne par la netteté du trait. L’Isle joyeuse file un peu vite, mais les inflexions sont souples et bien menées.

A vrai dire, les deux œuvres de Szymanowski qui complètent ce récital valent à elles seules l’achat du CD. Outre le Prélude et Fugue en ut dièse mineur , Rafal Blechacz a choisi la Sonate en ut mineur Op. 8 . Il se jette à corps perdu dans cette œuvre de jeunesse à la forme assez classique, mais pleine de fièvre et de débordements. Les moyens pianistiques sont considérables. Magnifique et envoûtant.

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