Mazette, voilà un démarrage drôlement gris. Le Temps se paierait-il la tête de ses honorables lecteurs, pour relancer ses Saveurs du français estivales avec un mot aussi terne, qui sent le sucre rance des anciens stencils, ou la poussière des classeurs ­fédéraux? Certes laid, le «décaissement» raconte un pan de l’année écoulée, à laquelle nous ­consacrons une brève rétrospective cette semaine. Pour la huitième année, nous dégusterons un mot chaque jour; mais, cette fois, dans un esprit bien helvétique: le samedi, cette chronique, assumée par les correspondantes du Temps à Zurich, sera dévolue aux joies du schwyzerdütsch. N’est-ce pas magnifiquement confédéral?

Peu usité en France ou ici, «décaissement» paraît répandu en Belgique et au Québec. Nul ­mystère dans ce terme plat, il signifie sortir de l’argent de la caisse. Ce peut être le dictateur déchu qui décaisse à tout va – on a constaté ce phénomène, cette ­année –, ou les Etats censés approvisionner un compte pour une coopération internationale. En faveur de la Grèce, par exemple. Aussi, on entendait souvent l’expression dans les salles feutrées du Centre de congrès de Montreux, en octobre 2010, durant le Sommet de la francophonie. Elle était alors requise pour évoquer les trop lents versements des pays au secours d’Haïti sinistrée.

Un site belge consacré à la comptabilité nous apprend une autre dimension du «décaissement»: «En immobilier, le décaissement signifie la terre que l’on enlève pour réaliser les fondations. Attention, la terre «foisonne» et le volume enlevé paraît toujours plus important que prévu.» Là, on ne sait plus trop si l’on parle de nations soi-disant généreuses, ou de despotes avides…