L’écrivaine d’origine vaudoise Gemma Salem est décédée le 20 mai à Vienne. Sœur du psychiatre Gérard Salem (1946-2018) et du journaliste Gilbert Salem, elle naît le 2 août 1943 à Antalya en Turquie. Son enfance se déroule dans plusieurs pays du Moyen-Orient jusqu’à ce que sa famille s’installe sur les bords du Léman. Dans les milieux du théâtre de Suisse romande, on se souvient de sa personnalité flamboyante. En 1979, Gemma Salem s’établit en France.

C’est dans l’écriture que son talent s’épanouit, dans de nombreux livres: essais biographiques, romans, pièces de théâtre. Sa nature passionnée se fixe sur des figures – écrivains, artistes, vivants ou morts, dont elle s’approprie l’œuvre et le destin jusqu’à vivre dans leur aura. Ainsi, son premier livre, Le Roman de Monsieur Boulgakov (L’Age d’Homme, 1982), est un hommage à l’auteur de Le Maître et Marguerite. Par la suite, Gemma Salem écrit sur Lawrence Durrell: un livre d’entretiens avec Stéphane Héaume à propos de l’auteur du Quatuor d’Alexandrie paraît en 2019. A Schubert, dont elle se disait «l’épouse», elle consacre un livre, illustré par Sempé.

Investissement mystique

Mais c’est à Thomas Bernhard qu’elle voue l’admiration la plus radicale: elle publie pas moins de quatre livres et de nombreux articles à l’imprécateur autrichien, dans une sorte d’investissement mystique absolu et troublant. Elle relit pourtant son œuvre d’un œil de plus en plus critique. En 1990, après le décès de Bernhard, Gemma Salem quitte Paris, sa famille et la vie littéraire, pour s’installer à Vienne, près de la tombe de son idole. Dans Où sont ceux que ton cœur aime (Arléa, 2019), elle raconte, d’une plume sensible, ses visites, d’abord quotidiennes puis plus espacées, sur la tombe de l’écrivain, les sépultures alentour, les allées et venues des fidèles de l’auteur, elle évoque également le frère et la sœur de Thomas Bernhard.

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Le livre est aussi un autoportrait émouvant dans lequel elle se dépeint non sans humour comme une vieille folle asthmatique qui reconnaît chez cet alter ego l’écho de ses propres souffrances. Elle y témoigne aussi de son difficile rapport à la langue allemande, de ses démêlés avec le monde littéraire français, du peu de succès de ses livres à elle. Toutefois, il y a dans ce dernier livre comme un apaisement, une fois réglés les comptes avec une mère «abominable» et avec les désillusions de la vie littéraire.