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Il y a, dans la musique de McKenna, quelque chose de profondément anglais.
© Sony Music

Musique

Declan McKenna, Anglais avant tout

Il aura 19 ans la veille de Noël et s’impose sur son premier album comme un «songwriter» de talent. Profondément ancré dans la culture pop britannique, le chanteur a devant lui une belle carrière

Son premier album, What Do You Think About the Car?, est sorti au creux de l’été, le 21 juillet précisément. On en avait vaguement entendu parler au printemps lorsque bruissait la rumeur: Declan McKenna est un jeune prodige anglais de 18 ans promis à un bel avenir. Peut-être, mais vu son air de minet vaguement tête à claques affiché en gros plan sur la pochette dudit objet, on craignait un pur coup marketing, genre «voici le nouveau Justin Bieber». Et franchement, qui a envie d’un nouveau Justin Bieber, déjà que le premier est pour le moins encombrant?

Alors que la fin de l’année approche et avec elle celle des bilans, pourquoi ne pas laisser une chance, quand même, à Declan McKenna? Et là, cette évidence: il est véritablement talentueux, ce gamin né dans le Hertfordshire le 24 décembre 1998. Et il n’a vraiment rien à voir avec l’horripilant Bieber, au comportement aussi erratique que sa musique est fade, sans aspérité aucune. What Do You Think About the Car? est un excellent disque qui, dès son entrée en matière («Humongous», morceau folk-pop au doux lyrisme), séduit, avant de véritablement convaincre avec quelques titres plus tranchants et flirtant joliment avec des rythmiques dansantes («The Kids Don’t Wanna Come Home», «Isombard»).

Il y a surtout, dans la musique de McKenna, quelque chose de profondément anglais. Ce petit côté frondeur jadis affiché par Damon Albarn (écoutez «Bethlehem», ça pourrait être du Blur), ce sens de la mélodie imparable qui des Beatles à Franz Ferdinand, deux exemples parmi mille autres possibles, a toujours fait de la Grande-Bretagne «le» territoire pop par excellence. Est-ce là l’effet streaming, la possibilité de faire son éducation musicale en quelques clics? Toujours est-il que le jeune Anglais est visiblement conscient de l’héritage véhiculé malgré lui par tout musicien britannique.

Textes engagés

Tout démarre en décembre 2014, lorsque McKenna poste sur sa chaîne YouTube un premier morceau, «Brazil». La Coupe du monde s’est déroulée il y a quelques mois au pays de la samba et de la caïpirinha, les Anglais vénèrent le foot. Logique. Si ce n’est que ce morceau n’est pas une ode au ballon rond ou à un climat moins humide que celui des landes du Hertfordshire. Sous ses airs de comptine pop sans grand enjeu, «Brazil» critique la FIFA (Fédération internationale de football association), où la corruption passe avant l’amour du beau jeu. McKenna est rapidement repéré et, en avril 2015, il gagne un concours jeunes talents organisé par le festival de Glastonbury, ce qui lui vaut un concert sur l’une des petites scènes de l’un des plus prestigieux rendez-vous musicaux du monde.

En novembre 2015, son deuxième single officiel, Paracetamol, le voit évoquer sur une mélodie plus mid-tempo et avec un ton habilement détaché un autre sujet dont la pop parle peu: la façon dont sont représentés, dans les médias traditionnels, les adolescents LGBT. Très vite exposé, multipliant les concerts, notamment aux Etats-Unis, McKenna réussira néanmoins à prendre le temps nécessaire pour peaufiner un premier album forcément très attendu. Et réussi, tant il y fait preuve d’une maturité ahurissante, à la fois dans ses textes et dans son songwriting. Il paraît même qu’il a composé certaines ébauches des morceaux qui composent What Do You Think About the Car? à 13 ans seulement. Si ce n’est pas encore fait, les programmateurs des grands festivals de l’été feraient bien de s’y intéresser de très près.


Declan McKenna, «What Do You Think About the Car?» (Columbia/Sony Music).

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